Un nouveau dossier vient raviver le débat sur la gouvernance financière et la lutte contre la corruption en Côte d’Ivoire. Le Directeur Administratif et Financier (DAF) de la Société Nationale d’Édition de Documents Administratifs et d’Identification (SNEDAI), N’Dri Kouassi Ives, condamné à sept ans de prison ferme pour détournement de fonds, est actuellement introuvable. Sa disparition, intervenue après le prononcé de sa peine, place l’entreprise et les autorités judiciaires face à de nombreuses interrogations.
Une condamnation lourde, suivie d’une disparition inquiétante
Selon des informations judiciaires, N’Dri Kouassi Ives a été reconnu coupable de faits de détournement de fonds portant sur des montants importants. La justice ivoirienne a prononcé à son encontre une peine de sept années d’emprisonnement ferme. Toutefois, au moment de l’exécution de cette décision, le principal concerné aurait pris la fuite, échappant ainsi à l’incarcération.
Cette situation complique la procédure judiciaire et alimente les soupçons autour des mécanismes de contrôle interne au sein de la SNEDAI, entreprise opérant dans des secteurs sensibles liés à l’identification et aux services administratifs.
La SNEDAI sous le regard de la justice
L’affaire ne se limite pas au seul cas du DAF. La SNEDAI, entreprise fondée par Adama Bictogo, ancien président de l’Assemblée nationale et cadre influent du RHDP, le parti au pouvoir, fait l’objet d’une attention particulière des autorités judiciaires dans le cadre d’une enquête plus large portant sur un détournement présumé de plusieurs milliards de francs CFA. À ce stade, les investigations se poursuivent afin de déterminer les responsabilités individuelles et institutionnelles, ainsi que l’ampleur exacte des préjudices financiers. Aucune condamnation définitive n’a encore été prononcée contre l’entreprise en tant qu’entité, mais le dossier illustre les risques liés à une gestion opaque dans des structures disposant de flux financiers importants.
Un contexte national marqué par la traque des malversations
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre la corruption en Côte d’Ivoire. Entre 2021 et 2023, l’État a engagé une série d’audits et d’opérations de contrôle, souvent qualifiées d’initiative de « mains propres », visant aussi bien les entreprises publiques que certaines structures parapubliques.
Les rapports de l’Inspection Générale d’État (IGE) et de la Cour des Comptes ont mis en lumière des irrégularités majeures dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment les télécommunications, les infrastructures routières, la santé et l’agriculture.
Des scandales financiers à répétition
Parmi les affaires marquantes de ces dernières années figurent l’ARTCI en 2023, où des primes jugées illégales et des marchés attribués de manière contestée auraient causé un préjudice estimé à environ 17 milliards FCFA, entraînant des sanctions administratives contre plusieurs cadres.
Ensuite, le Fonds d’Entretien Routier épinglé en 2021 pour une masse salariale disproportionnée et une gestion jugée défaillante, avec à la clé le limogeage de son Directeur Général.
Il y a également la Nouvelle Pharmacie de la Santé Publique au cours de la même année (2021), où des malversations estimées à près de 15 milliards FCFA ont été relevées dans la gestion des stocks de médicaments, conduisant à la suspension de hauts responsables.
À ces structures, l’on joute le Conseil Café-Cacao, dont l’audit des fonds COVID-19 destinés aux planteurs a révélé d’importantes zones d’ombre sur l’utilisation de près de 17 milliards FCFA, malgré le blanchiment ultérieur de certains dirigeants.
Une lutte encore inachevée
La fuite d’un cadre condamné, comme dans le cas du DAF de la SNEDAI, pose la question de l’effectivité des sanctions judiciaires et de la capacité de l’État à faire appliquer ses décisions jusqu’au bout. Elle met également en évidence les limites des mécanismes de prévention, de contrôle et de traçabilité financière au sein de certaines entreprises stratégiques.
Si les autorités ivoiriennes affichent une volonté claire de renforcer la transparence et la redevabilité, ces affaires successives montrent que le combat contre la corruption reste long et complexe. La crédibilité de cette lutte dépendra autant de la poursuite rigoureuse des enquêtes que de l’exécution effective des condamnations prononcées.
Thom Biakpa




