L’image se voulait forte et symbolique. Lundi 9 février au matin, Brice Clotaire Oligui Nguema a fait une apparition remarquée dans deux grands établissements publics de Libreville : le lycée Omar Bongo et le lycée Léon Mba. Levée des couleurs, échanges avec les élèves, discours aux enseignants…, le président de la République du Gabon a choisi le terrain scolaire pour tenter de mettre un terme à une grève qui paralyse l’éducation nationale depuis plus d’un mois.
Face à une communauté éducative épuisée, le chef de l’État a mis en avant son parcours personnel pour établir un lien. « Fils d’enseignant », a-t-il rappelé, promettant de prendre en charge les difficultés du secteur « méthodiquement et progressivement ». Un message d’apaisement, alors que la colère des enseignants ne faiblit pas et que de nombreuses salles de classe restent désertées dans la capitale.
Une reprise sous tension
Si la présence présidentielle a marqué les esprits, elle n’a pas suffi à convaincre les grévistes. Dans plusieurs lycées publics, les cours n’ont pas repris normalement. Des enseignants dénoncent même un climat de pression croissante. Au lycée Léon Mba, des notes administratives évoquent un contrôle de présence des enseignants et des élèves afin d’imposer une reprise effective des activités pédagogiques.
Ces méthodes sont vivement critiquées par le collectif SOS Education, à l’origine du mouvement. En janvier, l’arrestation de deux figures de la mobilisation, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, avait provoqué une onde de choc dans le milieu éducatif. Leur libération, une semaine plus tard, n’a toutefois pas permis de désamorcer la crise.
Une précarité devenue insoutenable
Au cœur du conflit, une revendication centrale : le pouvoir d’achat. Les enseignants dénoncent le gel des salaires depuis près d’une décennie, dans un contexte de hausse continue du coût de la vie. Un instituteur débutant gagne environ 350 000 francs CFA par mois, un revenu jugé insuffisant dans un pays où l’inflation moyenne a atteint 2,6 % par an entre 2016 et 2024.
Cette érosion progressive des revenus a contribué à élargir le mouvement, lancé début décembre et désormais suivi dans plusieurs régions du pays. Pour beaucoup d’enseignants, la grève est devenue le seul moyen de se faire entendre.
Un accord qui ne convainc pas
Le 19 janvier, le gouvernement a pourtant annoncé un accord avec certains syndicats, prévoyant la régularisation de 4 000 enseignants d’ici au 25 février. Une mesure jugée largement insuffisante par SOS Education, alors que le Gabon compte au moins 16 000 enseignants selon le Syndicat national de l’éducation nationale (SENA).
En l’absence de garanties plus larges sur les salaires et les statuts, le collectif a décidé de maintenir la grève. La dernière crise majeure du secteur remontait à 2022, dans les derniers mois du pouvoir d’Ali Bongo, renversé en août 2023 par le coup d’État mené par le général Oligui Nguema.
Une sortie de crise encore incertaine
En se rendant dans les lycées, le président de la transition a voulu montrer qu’il prenait la mesure de l’urgence. Mais sur le terrain, enseignants et élèves attendent désormais des actes concrets. Alors que l’année scolaire est sérieusement compromise, l’exécutif joue une partie délicate : rétablir les cours sans ignorer des revendications sociales profondes.
La reprise effective des enseignements dépendra moins des symboles que de concessions tangibles, capables de restaurer la confiance entre l’État et un corps enseignant à bout de souffle.
Thom Biakpa




