À Université Cheikh Anta Diop, l’émotion reste vive après la mort d’Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de médecine, survenue le 9 février 2026, lors d’une intervention des forces de l’ordre sur le campus. Alors que des voix étudiantes évoquaient des actes de torture, le procureur de la République de Dakar, Ibrahima Ndoye, a livré une version des faits qui écarte, à ce stade, toute violence directe à l’encontre de la victime.
Une chute depuis le quatrième étage
Selon le parquet, Abdoulaye Ba aurait sauté du quatrième étage du pavillon F pour fuir un incendie qui s’était déclaré dans le bâtiment. Pris au piège par les flammes et la fumée, l’étudiant aurait tenté d’échapper à un risque d’asphyxie. Sa chute sur l’asphalte lui aurait été fatale.
Le rapport d’autopsie mentionne de graves traumatismes au thorax et au crâne, ainsi qu’un « mécanisme traumatique majeur » ayant provoqué une défaillance cardio-respiratoire aiguë, consécutive à d’importantes hémorragies internes. Ces conclusions, d’après le procureur, sont compatibles avec une chute d’une grande hauteur.
Des accusations de torture contestées
Dans les heures qui ont suivi le drame, un collectif d’étudiants de l’UCAD avait publiquement évoqué des actes de torture. Une version que le procureur dit ne pas retrouver dans les éléments de l’enquête. Plusieurs personnes ont été auditionnées, notamment les colocataires de la victime, les médecins ayant tenté de le réanimer et les policiers présents sur les lieux. Des vidéos filmées par des étudiants ont également été analysées pour reconstituer la chronologie des faits.
À ce stade, le parquet affirme que ces éléments « ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime ».
L’origine de l’incendie, en revanche, n’a pas encore été précisée par les autorités. Les investigations se poursuivent.
Un campus sous tension
Le décès d’Abdoulaye Ba intervient dans un climat déjà explosif au sein de l’université dakaroise. Des manifestations avaient éclaté pour dénoncer une réforme du paiement des bourses et réclamer le règlement d’arriérés. Les affrontements entre étudiants et forces de l’ordre ont été particulièrement violents. Le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a évoqué une « tragédie », reconnaissant l’existence de « bavures policières » lors de l’intervention, tout en accusant certains manifestants d’avoir tenté de s’en prendre aux infrastructures de la cité universitaire. Des images authentifiées par l’AFP montrent des policiers frappant des étudiants à coups de matraque, alimentant les critiques sur la gestion sécuritaire de la crise.
Entre version officielle et contestation étudiante, l’enquête devra désormais établir avec précision, les responsabilités et les circonstances exactes ayant conduit à la mort du jeune étudiant.
Thom Biakpa




