Une onde de choc traverse le Kenya. Selon un rapport conjoint des services de renseignement et de la direction des enquêtes criminelles présenté aux députés, plus de 1.000 ressortissants kényans auraient été recrutés pour combattre aux côtés de la Russie dans la guerre qui l’oppose à l’Ukraine. La révélation, faite au Parlement par le chef de la majorité, Kimani Ichung’wah, dresse le portrait d’un système de recrutement opaque, mêlant promesses d’emplois fictifs, complicités présumées et itinéraires de transit sophistiqués.
Des promesses d’emploi transformées en contrats militaires
Pour beaucoup de ces hommes, le voyage vers la Russie débute par une offre séduisante : un emploi dans la sécurité, le commerce ou le sport, assorti d’un salaire mensuel compris entre 920 et 2.400 euros, une somme considérable dans un pays où certains travailleurs gagnent à peine 100 euros par mois.
Les recrues quittaient le territoire kényan munies de visas touristiques, transitant notamment par la Turquie et les Émirats arabes unis, via Istanbul et Abou Dhabi. D’autres itinéraires plus discrets ont récemment été empruntés, passant par l’Ouganda, la République démocratique du Congo ou encore l’Afrique du Sud, afin d’échapper aux contrôles.
Une fois arrivés en Russie, nombre d’entre eux auraient été contraints de signer des contrats avec l’armée avant d’être rapidement envoyés sur le front ukrainien, souvent sans formation militaire préalable.
Un bilan humain déjà lourd
D’après les chiffres communiqués aux parlementaires, 28 recrues sont portées disparues, 89 seraient déployées en première ligne, 35 stationnées dans des bases militaires et 39 hospitalisées. Trente ressortissants ont pu être rapatriés.
Une enquête publiée récemment par l’Agence France-Presse a recueilli les témoignages de quatre Kényans revenus du conflit, dont trois blessés. Tous affirment avoir été trompés sur la nature réelle de leur engagement.
Soupçons de complicités
Le rapport évoque l’implication présumée d’agences de recrutement locales, ainsi que la complicité d’agents corrompus à l’aéroport de Nairobi, au sein des services de l’emploi et même dans certaines représentations diplomatiques, notamment entre Nairobi et Moscou.
Ces révélations ont provoqué un vif débat politique. Le gouvernement kényan a fermement condamné l’utilisation de ses citoyens comme « chair à canon ». Le chef de la diplomatie, Musalia Mudavadi, doit se rendre prochainement à Moscou, une visite qui s’annonce délicate au regard de l’ampleur de l’affaire.
Un phénomène qui dépasse le Kenya
Le rapport souligne également que d’autres pays africains seraient ciblés par ces réseaux de recrutement, alors que la Russie cherche à compenser ses pertes humaines sur le champ de bataille ukrainien.
Pour Nairobi, l’enjeu est désormais double : démanteler les filières locales et protéger des citoyens souvent vulnérables, attirés par la promesse d’un avenir meilleur et qui se retrouvent, à des milliers de kilomètres de chez eux, plongés dans l’un des conflits les plus meurtriers du continent européen.
Thom Biakpa




