Trois mois après son décès en détention, le corps d’Anicet Ekane demeure toujours sous le contrôle des autorités camerounaises. Une situation qui nourrit l’indignation de l’opposition et relance le débat sur les conditions de détention des figures politiques dans le pays.
Décédé le 1er décembre 2025 à Yaoundé, le président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM) n’a toujours pas été inhumé. Selon le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), qui s’est exprimé le 21 février 2026 par la voix de son président Maurice Kamto, aucune explication officielle n’a été fournie à la famille depuis la mort du dirigeant politique.
Dans un communiqué au ton particulièrement sévère, Maurice Kamto dénonce une « rétention » qu’il juge injustifiable. Il estime que cette situation renforce les soupçons d’un « assassinat politique », évoquant des circonstances troubles entourant le décès du leader du MANIDEM.
Une arrestation à la veille d’un scrutin sensible
Âgé de 74 ans, Anicet Ekane avait été interpellé le 24 octobre 2025 à Douala, à la veille de l’annonce officielle des résultats de l’élection présidentielle remportée par Paul Biya. Selon le récit de l’opposition, il aurait été arrêté puis transféré au Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé.
Sa santé fragile était connue. Souffrant de plusieurs maladies chroniques, il dépendait d’un appareil respiratoire. D’après sa famille et ses avocats, ce dispositif médical ne lui aurait pas été laissé en détention. Ils affirment qu’il éprouvait des difficultés respiratoires depuis plusieurs jours avant son décès et évoquent une privation d’oxygène.
Les autorités militaires, de leur côté, ont évoqué une mort naturelle liée à ses pathologies préexistantes et annoncé l’ouverture d’une enquête. À ce jour, aucun résultat n’a été rendu public.
Une famille dans l’attente
Depuis décembre, les proches d’Anicet Ekane réclament la restitution de la dépouille afin de procéder à son inhumation. Selon le MRC, ces démarches sont restées sans réponse. Au-delà de la question du corps, l’affaire prend une dimension politique plus large. Le MRC demande non seulement la remise immédiate de la dépouille à la famille, mais également la libération des personnes arrêtées dans le contexte de la crise postélectorale d’octobre 2025. Le parti évoque notamment la présence de mineurs parmi les détenus.
En l’absence de communication officielle supplémentaire du gouvernement, le dossier continue d’alimenter les tensions dans un climat politique déjà marqué par la défiance entre pouvoir et opposition. Pour les proches d’Anicet Ekane, l’enjeu demeure d’abord humain : pouvoir enterrer leur parent. Pour ses soutiens, il est aussi symbolique, celui de la mémoire d’un opposant dont la fin de vie reste entourée d’interrogations.
Thom Biakpa




