Au terme de près de trois mois d’attente et d’incompréhension, la famille d’Anicet Ekane obtient enfin le droit d’organiser ses funérailles. Le 23 février, les autorités ont levé les scellés qui maintenaient la dépouille du leader politique à la morgue de Yaoundé, mettant fin à une situation dénoncée par ses proches et plusieurs figures de l’opposition.
Une dépouille sous scellés pendant près de trois mois
Décédé le 1er décembre 2025 alors qu’il était en détention à Yaoundé, Anicet Ekane n’avait jusqu’ici pas pu recevoir de sépulture. Arrêté le 24 octobre, quelques jours après la proclamation des résultats de la présidentielle, le président du parti « Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie » (MANIDEM) souffrait de graves pathologies respiratoires et cardiaques, séquelles d’une infection au Covid-19. Selon sa famille, il dépendait en permanence d’un extracteur d’oxygène qui lui aurait été retiré à son arrivée en détention.
Pendant près de trois mois, le corps est resté à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé, placé sous scellés sur décision du Commissaire du Gouvernement près le Tribunal militaire. Les avocats de la famille, Hippolyte Meli Tiakouang et Emmanuel Simh, ont officiellement notifié à l’établissement hospitalier la levée des restrictions, précisant que cette décision leur avait été transmise « à titre d’information ».
Ils avaient auparavant dénoncé la longueur et l’absence d’explications entourant le maintien de la dépouille sous scellés, estimant que cette situation ajoutait à la douleur des proches.
Une décision précédée de pressions politiques
Quelques jours avant la levée des restrictions, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), était intervenu publiquement sur les réseaux sociaux pour dénoncer le traitement réservé à la dépouille d’Anicet Ekane. Il avait appelé les autorités à « respecter sa dignité d’être humain dans la mort ».
Quarante-huit heures plus tard, le gouvernement ordonnait au Service d’État du Détenu de lever les scellés. Si cette décision permet désormais l’organisation des obsèques, elle ne s’accompagne d’aucune explication officielle sur les raisons du blocage initial.
La famille reprend la main
La veuve du défunt, Jeanne Edwige Sogue, assume désormais la responsabilité légale du corps. Dans leur correspondance, les avocats précisent qu’elle prendra en charge, « au nom et pour le compte des ayants droit », les frais de conservation jusqu’à la mise en bière, selon un programme qui sera défini en famille.
Aucun calendrier n’a encore été annoncé pour les funérailles. Le moment, le lieu et le rite relèveront désormais de la seule décision des proches.
Un parcours marqué par l’engagement
Né le 17 avril 1951 à Douala, Anicet Ekane a été profondément marqué par l’histoire politique du Cameroun. Témoin en janvier 1971 de l’exécution d’Ernest Ouandié à Bafoussam, il s’engage dès 1973 au sein de l’Union des populations du Cameroun (UPC). En février 1990, il est arrêté pour ses activités politiques aux côtés de Me Yondo Black et condamné par le tribunal militaire à quatre ans de prison, avant d’être libéré en août de la même année grâce à une grâce présidentielle.
En mars 1991, il participe à la création du MANIDEM, formation issue d’une scission de l’UPC. Figure constante de l’opposition, il prend part aux mouvements de contestation des années 1990, notamment les « villes mortes » et l’opération « Carton Rouge ». Candidat à l’élection présidentielle en 2004 puis en 2011, il revient sur le devant de la scène politique en 2025 en soutenant successivement Maurice Kamto puis Issa Tchiroma.
La levée des scellés ouvre ainsi la voie à l’ultime étape pour celui qui aura consacré plus de cinquante ans à la vie politique camerounaise. Reste désormais à sa famille le soin de fixer la date et les modalités d’un hommage attendu par ses proches et ses partisans.
Thom Biakpa




