À l’approche d’une nouvelle séquence diplomatique au sein de la Francophonie, la République démocratique du Congo avance ses pions. Dans la nuit du 26 au 27 février 2026, Kinshasa a officialisé la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), ouvrant ainsi un nouveau chapitre dans la compétition pour la direction de l’institution.
Un symbole fort pour Kinshasa
Fille de Patrice Lumumba, figure majeure de l’indépendance congolaise et premier chef de gouvernement du pays, Juliana Amato Lumumba incarne, aux yeux des autorités congolaises, un héritage politique et historique chargé de sens. Sa désignation a été rendue publique par le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, qui a présenté cette candidature comme l’expression d’une Francophonie « plus solidaire » et « davantage tournée vers les peuples ».
Kinshasa met également en avant un argument démographique de poids : la RDC représente aujourd’hui le plus important réservoir de locuteurs francophones dans le monde. Un atout stratégique que le pays entend transformer en influence politique au sein de l’organisation basée à Paris.
Un parcours entre culture et économie
Juliana Amato Lumumba n’est pas une novice de la sphère publique. Elle a occupé le poste de ministre de la Culture sous la présidence de Laurent-Désiré Kabila, à une période charnière marquée par une transition institutionnelle et des recompositions politiques internes. À ce titre, elle a piloté la politique culturelle nationale dans un contexte de redéfinition de l’État congolais.
Au-delà du cadre national, elle a également exercé des responsabilités continentales en dirigeant l’Union des chambres de commerce africaines en tant que secrétaire générale, renforçant son profil à l’interface entre diplomatie économique et coopération régionale.
Une élection aux accents géopolitiques
La bataille pour la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie s’annonce toutefois loin d’être purement technique. En poste depuis 2018 et reconduite en 2022, Louise Mushikiwabo brigue un nouveau mandat. Sa candidature intervient dans un climat diplomatique tendu entre Kinshasa et Kigali, sur fond de crise sécuritaire persistante dans l’est de la RDC.
Dans ce contexte, le scrutin pourrait cristalliser des rivalités régionales qui dépassent le seul cadre linguistique et culturel. L’OIF, qui rassemble 88 États et gouvernements membres, associés ou observateurs, demeure un espace d’influence où se croisent enjeux politiques, stratégiques et symboliques.
Conformément à ses textes fondateurs, le ou la secrétaire générale est élu(e) pour un mandat de quatre ans renouvelable par les chefs d’État et de gouvernement réunis en Sommet. La date du prochain Sommet de la Francophonie, au cours duquel cette élection se tiendra, doit encore être fixée par les États membres.
Avec la candidature de Juliana Amato Lumumba, la RDC affiche clairement son ambition : transformer son poids démographique et son histoire politique en levier d’influence sur la scène francophone internationale.
Thom Biakpa




