En Côte d’Ivoire, l’horizon s’assombrit pour la filière cacao. Après l’euphorie d’un prix bord champ historique fixé à 2 800 F CFA le kilogramme, la réalité des marchés internationaux rattrape le premier producteur mondial.
Annoncé le 1er octobre 2025 par le président Alassane Ouattara, quelques semaines avant sa réélection, ce tarif record incarnait à la fois une victoire économique et un signal politique fort. À l’époque, la flambée des cours mondiaux, portée par des déficits de production en Afrique de l’Ouest et une demande soutenue des broyeurs, permettait d’afficher un optimisme assumé.
Mais le cycle s’est inversé. Depuis juillet 2025, les cours du cacao sur les places de Londres et de New York ont été divisés par trois.
Amélioration des perspectives climatiques, retour à des niveaux de production plus élevés, reflux de la spéculation : le marché a brutalement corrigé ses excès.
La conséquence attendue est une baisse du prix bord champ qui selon plusieurs experts du domaine, pourrait être comprise entre 40 % et 60 %. Le kilogramme pourrait ainsi retomber dans une fourchette de 1 100 à 1 700 F CFA. Une correction sévère, parmi les plus marquées de ces dernières années.
Un équilibre budgétaire sous pression
Pour les autorités ivoiriennes, maintenir artificiellement un prix élevé serait intenable financièrement. Le cacao représente près de 40 % des recettes d’exportation du pays et fait vivre plus de six millions de personnes. Toute distorsion prolongée entre prix interne et marché mondial creuserait le déficit du mécanisme de stabilisation.
Autre signal fort, la suspension envisagée du différentiel de revenu décent (DRD) pour la campagne 2026-2027, au moins pour la récolte intermédiaire. Introduit conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana lors de la campagne 2020-2021, ce mécanisme imposait une prime de 400 dollars par tonne aux exportateurs afin de garantir un revenu minimal aux planteurs.
Sa mise en pause marquerait un tournant stratégique. Elle illustrerait la difficulté pour les deux géants, qui assurent ensemble plus de 60 % de la production mondiale, d’imposer durablement leurs règles dans un marché dominé par la volatilité.
Les producteurs face au choc
Sur le terrain, l’inquiétude monte. Nombre de planteurs ont investi dans l’entretien des vergers et la main-d’œuvre en anticipant la poursuite de prix élevés. Le retournement soudain des cours risque d’éroder les marges et de fragiliser les exploitations les plus vulnérables.
Au-delà de l’ajustement conjoncturel, une question structurelle ressurgit : comment protéger durablement les revenus agricoles dans un système dépendant des cycles internationaux ? La séquence actuelle rappelle la fragilité d’un modèle encore peu transformé localement et fortement exposé aux marchés extérieurs.
L’or : l’autre moteur de croissance
Pendant que le cacao encaisse le choc, le secteur aurifère ivoirien affiche une trajectoire ascendante.
Selon le classement 2025 du Fraser Institute, la Côte d’Ivoire se hisse au premier rang en Afrique de l’Ouest en matière d’attractivité minière et à la 5e place sur le continent. Avec un score de 60,92 sur 100, le pays devance désormais le Ghana et la Guinée dans l’indice d’attractivité.
Ce baromètre, fondé sur la perception des politiques publiques et le potentiel minéral, traduit une amélioration du cadre réglementaire et une confiance accrue des investisseurs.
À l’échelle africaine, la Côte d’Ivoire se positionne derrière le Botswana, le Maroc, la Zambie et la Tanzanie. Au niveau mondial, elle occupe la 47e place, tandis que l’État du Nevada conserve la première position.
Une ambition assumée
En janvier, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a dévoilé la Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie (PIRME). Objectif : faire de la Côte d’Ivoire le premier producteur d’or d’Afrique d’ici cinq ans.
La stratégie repose sur trois piliers : attirer davantage de capitaux internationaux, accroître la production nationale et garantir une exploitation responsable.
Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la recherche de ressources stratégiques, l’or apparaît comme un levier de diversification économique. Là où le cacao rappelle la vulnérabilité d’une dépendance historique, le secteur minier incarne une promesse de rééquilibrage.
Entre cycles agricoles et pari minier
La séquence actuelle dessine un contraste saisissant. D’un côté, une filière cacao confrontée à la dure loi des marchés mondiaux. De l’autre, un secteur aurifère porté par la confiance des investisseurs et une ambition politique affirmée.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu dépasse la conjoncture. Il s’agit de transformer l’attractivité minière en retombées concrètes, notamment en matière d’emplois, de recettes fiscales et de développement local, tout en repensant la résilience de son pilier agricole.
Ainsi entre la volatilité du cacao et l’essor de l’or, le pays avance sur une ligne de crête. La question n’est plus seulement de produire davantage, mais de mieux amortir les chocs et de bâtir une croissance moins tributaire des cycles.
Thom Biakpa




