La montée des tensions au Moyen-Orient fait trembler les marchés, mais c’est en Afrique que la facture pourrait s’alourdir le plus rapidement. Dimanche 1er mars 2026, lors de la première édition de son émission en ligne « Waxtaan ak PROS », le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a dressé un constat sans détour. Selon lui, le continent africain risque de subir de plein fouet les retombées économiques de l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Le détroit d’Ormuz, artère stratégique du pétrole mondial
Au cœur des inquiétudes, le détroit d’Ormuz, couloir maritime long d’une cinquantaine de kilomètres dans sa partie la plus étroite, par lequel transite une part essentielle du pétrole mondial. Après les frappes américano-israéliennes du 28 février, Téhéran a annoncé une fermeture partielle du passage, perturbant immédiatement le trafic.
Le géant danois Maersk a suspendu ses traversées dans la zone, tandis que les cours du brut se sont envolés.
Selon les estimations de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), entre 20 % et 30 % du commerce pétrolier mondial emprunte quotidiennement cette route stratégique. Une proportion que le chef du gouvernement sénégalais situe même entre 30 % et 40 %. Pour les marchés, le signal est clair : toute entrave durable à Ormuz menace l’équilibre énergétique mondial.
Le Sénégal en première ligne
Le Sénégal importe la quasi-totalité de ses produits pétroliers raffinés. Dans un contexte de dépendance énergétique marquée, une flambée prolongée des prix du brut aurait des répercussions immédiates comme la hausse du coût du transport, la pression accrue sur la production d’électricité et l’augmentation des prix des denrées alimentaires.
Devant ses militants, Ousmane Sonko a souligné que la vulnérabilité du pays n’est pas isolée. De nombreuses économies africaines, fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures, se trouvent exposées au même risque. Pour ces États, une crise énergétique mondiale se traduit mécaniquement par une inflation importée et une tension accrue sur les finances publiques.
Une Afrique spectatrice des crises mondiales
Au-delà du choc pétrolier, le Premier ministre sénégalais a élargi le débat à la place du continent dans les équilibres géopolitiques. Selon lui, l’Afrique reste absente des grandes négociations internationales qui façonnent pourtant ses conditions économiques. Il a regretté que les dirigeants africains ne mesurent pas pleinement l’ampleur d’un conflit dont les répercussions dépassent largement le Moyen-Orient.
Dans son analyse, la séquence actuelle s’inscrirait dans une continuité historique marquée par des logiques de domination. Une manière de rappeler que, faute d’influence stratégique, le continent demeure dépendant des décisions prises ailleurs.
Une escalade militaire aux contours incertains
Sur le terrain, la confrontation reste active. Le Commandement central américain (Centcom) a annoncé la mort de trois soldats américains dans les ripostes iraniennes. Le président Donald Trump a promis des représailles, évoquant une opération d’une durée « de quatre semaines ou moins ».
En Europe, les appels à la désescalade se multiplient. L’Union européenne a plaidé pour une « retenue maximale », tandis que la France a réuni un Conseil de défense et de sécurité nationale.
À Téhéran, un conseil de gouvernance provisoire a été mis en place après l’annonce de la mort du guide suprême Ali Khamenei, ouvrant une nouvelle phase d’incertitude politique en Iran.
Enfin, le Congrès 9éricain doit examiner une résolution fondée sur le War Powers Act afin d’encadrer, voire de limiter, l’engagement militaire en Iran.
Entre flambée des prix du pétrole, tensions géopolitiques et incertitudes politiques, la crise d’Ormuz dépasse le simple cadre régional. Pour le Sénégal comme pour une grande partie de l’Afrique, l’enjeu n’est pas seulement diplomatique, il est économique, social et budgétaire. Dans un monde interdépendant, les chocs lointains produisent des ondes immédiates et le continent africain pourrait bien en ressentir rapidement l’impact.
Thom Biakpa




