Macky Sall vise le sommet de l’ONU sur fond de tensions judiciaires au Sénégal
L’ancien président du Sénégal, Macky Sall, s’est officiellement lancé dans la course pour diriger l’Organisation des Nations Unies (ONU). Sa candidature au poste de Secrétaire général a été déposée le 2 mars 2026 par Évariste Ndayishimiye, actuel président en exercice de Union africaine. L’ancien chef de l’État sénégalais est ainsi présenté comme le candidat officiel du continent pour succéder à António Guterres, dont le mandat arrive à son terme le 31 décembre 2026.
Cette initiative diplomatique intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’ancien dirigeant, désormais installé au Maroc depuis son départ du pouvoir en avril 2024. Au Sénégal, plusieurs procédures judiciaires liées à son ancien gouvernement se multiplient, alimentant un climat politique tendu.
Une pression judiciaire grandissante à Dakar
Depuis l’accession à la présidence de Bassirou Diomaye Faye, avec Ousmane Sonko à la tête du gouvernement, la justice sénégalaise a engagé plusieurs enquêtes visant des figures importantes de l’ancien régime.
Au cœur de ces investigations figure la gestion du fonds spécial mis en place pendant la pandémie de Covid-19.
En janvier 2026, la commission d’instruction de la Haute Cour de justice a confirmé les charges contre deux anciens ministres pour des faits présumés de prévarication liés à l’utilisation de ces ressources publiques. Au total, cinq anciens membres de l’exécutif ont été ciblés par les procédures ouvertes ces derniers mois.
Les investigations ne s’arrêtent pas aux anciens responsables politiques. L’entourage familial de Macky Sall est également concerné. Son frère a été inculpé pour blanchiment de capitaux et placé sous contrôle judiciaire après le paiement d’une caution de 240 millions de francs CFA. Par ailleurs, son fils, Amadou Sall, fait l’objet d’une enquête du pôle judiciaire et financier depuis avril 2025 pour des transferts de fonds jugés suspects, portant sur près de 10 milliards de francs CFA.
La situation pourrait même prendre une dimension constitutionnelle. En avril 2025, le député du parti PASTEF, Guy Marius Sagna, a déposé à l’Assemblée nationale une proposition visant à engager une procédure de mise en accusation pour haute trahison contre l’ancien président. Cette initiative s’appuie sur un rapport de la Cour des comptes évoquant l’existence d’une dette publique non déclarée d’environ sept milliards de dollars contractée entre 2019 et 2024. À ce stade, la démarche parlementaire n’a toutefois pas encore abouti.
L’effet potentiel de l’immunité diplomatique
Si Macky Sall venait à être élu Secrétaire général de l’ONU, la situation judiciaire pourrait prendre une tournure très différente. Le chef de l’organisation bénéficie en effet des protections prévues par la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies. Concrètement, cette disposition accorde une immunité fonctionnelle au titulaire du poste, le protégeant contre toute poursuite judiciaire nationale pour les actes liés à l’exercice de ses fonctions. Dans les faits, une telle immunité rendrait extrêmement difficile l’application de procédures judiciaires nationales pendant la durée du mandat.
Or, celui-ci s’étend sur cinq ans, avec la possibilité d’un renouvellement pour une seconde période équivalente. Une éventuelle élection pourrait donc repousser de nombreuses années toute procédure judiciaire visant directement l’ancien chef de l’État.
Une compétition internationale ouverte
La candidature de Macky Sall n’arrive cependant pas dans un contexte acquis d’avance. Plusieurs personnalités internationales se positionnent déjà pour diriger l’ONU.
Parmi elles, figure Michelle Bachelet, ancienne présidente chilienne et ex-Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, soutenue par le Chili, le Brésil et le Mexique. Autre prétendant déclaré : Rafael Grossi, l’actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, présenté par l’Argentine.
Le choix final repose sur un processus diplomatique complexe. Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit d’abord recommander un candidat, chaque membre permanent disposant d’un droit de veto. La décision est ensuite entérinée par l’Assemblée générale.
Un calendrier déjà enclenché
La campagne pour la succession d’António Guterres suit un calendrier bien établi. Des auditions publiques avec les candidats doivent se tenir à l’Assemblée générale durant la semaine du 20 avril 2026. Les discussions au Conseil de sécurité devraient commencer avant la fin du mois de juillet, afin de permettre une désignation officielle avant l’expiration du mandat actuel, le 31 décembre 2026.
Dans ce contexte, la candidature de Macky Sall s’inscrit à la croisée des enjeux diplomatiques et des dynamiques politiques sénégalaises. Son éventuelle élection pourrait non seulement redéfinir son rôle sur la scène internationale, mais aussi influencer la trajectoire des procédures judiciaires engagées dans son pays d’origine.
Thom Biakpa




