La décision du gouvernement guinéen de dissoudre quarante partis politiques, dont plusieurs formations majeures de l’opposition, suscite de vives réactions dans le pays. Annoncée dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars à la télévision nationale, cette mesure marque un tournant majeur dans la vie politique guinéenne.
Selon un arrêté signé par le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, ces partis sont dissous pour non-respect des dispositions de la nouvelle législation encadrant les organisations politiques, adoptée le 21 septembre 2025.
Les principaux partis d’opposition concernés
Parmi les formations dissoutes figurent trois acteurs majeurs de l’opposition guinéenne :
le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), associé à l’ancien président Alpha Condé ;
l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) dirigée par l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo et
l’Union des forces républicaines (UFR) de l’ancien chef du gouvernement Sidya Touré.
Au total, quarante partis sont visés par la décision gouvernementale. Le document officiel précise que ces organisations perdent immédiatement leur statut juridique et leur personnalité morale. Par conséquent, elles ne sont plus autorisées à mener des activités politiques sur l’ensemble du territoire national. L’État a également annoncé la mise sous séquestre des biens appartenant à ces partis.
Une décision anticipée qui surprend
Cette annonce intervient plus tôt que prévu. Les formations politiques disposaient en principe d’un délai jusqu’au 25 mai pour se conformer aux nouvelles règles, notamment en révisant leurs statuts, en organisant des congrès de mise en conformité et en prouvant l’existence de sièges dans chaque préfecture du pays.
L’annonce soudaine de la dissolution est donc perçue par de nombreux observateurs comme un véritable séisme politique.
Elle intervient par ailleurs à un moment particulièrement sensible, alors que la Guinée se prépare à organiser plusieurs scrutins, notamment les législatifs, les locaux et les sénatoriaux prévus pour le 24 mai prochain.
L’opposition dénonce une atteinte à la démocratie
Du côté de l’opposition, les réactions ont été immédiates et particulièrement critiques. L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a dénoncé ce qu’elle considère comme une tentative de faire taire les voix dissidentes.
Son porte-parole, Souleymane Souza Konaté, estime que cette décision pourrait avoir de lourdes conséquences politiques.
Selon lui, priver les partis de cadre légal pourrait pousser les acteurs politiques à agir dans la clandestinité, avec des risques pour la stabilité et la démocratie dans le pays. Il accuse également les autorités de chercher à instaurer un système proche du parti unique.
Les inquiétudes de la société civile
Plusieurs organisations de la société civile se sont également exprimées. Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) considère que cette mesure accentue l’incertitude politique en Guinée et pourrait compliquer davantage la transition en cours.
Pour l’instant, le gouvernement n’a pas apporté de réponse officielle aux critiques formulées par les partis d’opposition et certaines organisations civiles.
Dans un contexte politique déjà fragile, cette décision pourrait alimenter les tensions à l’approche des prochaines échéances électorales.
Thom Biakpa




