Le fossé continue de se creuser entre l’Union européenne et les autorités militaires du Sahel. En cause, une récente résolution du Parlement européen réclamant la libération de Mohamed Bazoum, renversé lors du coup d’État du 26 juillet 2023.
Adopté à une large majorité, le texte européen ne laisse la place à aucun doute. Les députés exigent une libération « immédiate et inconditionnelle » de l’ancien chef d’État, tout en dénonçant une détention jugée arbitraire et préoccupante sur le plan humanitaire.
Mais cette prise de position a suscité une riposte immédiate des autorités militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunies au sein de l’Alliance des États du Sahel. Dans une déclaration conjointe, elles dénoncent une « ingérence grave » dans leurs affaires intérieures, accusant l’Europe d’adopter une posture partiale et sélective.
Depuis son renversement, Mohamed Bazoum est maintenu en résidence surveillée à Niamey, aux côtés de son épouse. Malgré les pressions diplomatiques répétées, les nouvelles autorités nigériennes restent inflexibles sur son sort.
Au-delà du cas Bazoum, cet épisode illustre une dynamique plus large. Les régimes militaires sahéliens, arrivés au pouvoir entre 2020 et 2023, ont progressivement redéfini leurs alliances. Prenant leurs distances avec des partenaires traditionnels comme la France, ils affirment désormais une politique axée sur la souveraineté nationale, tout en développant de nouveaux liens, notamment avec la Russie.
Cette confrontation verbale marque une étape supplémentaire dans la dégradation des relations entre l’Europe et le Sahel. Elle met en lumière des visions opposées de la gouvernance, mais aussi des tensions croissantes autour des notions d’indépendance politique et d’influence internationale.
Thom Biakpa




