Le ton était solennel, presque grave, dans l’hémicycle de Assemblée générale des Nations unies ce 25 mars. Derrière les discours diplomatiques, une volonté : inscrire noir sur blanc une reconnaissance forte de l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire humaine.
Portée par le Ghana, la résolution adoptée qualifie la traite transatlantique des Africains et l’esclavage racialisé de « plus graves crimes contre l’humanité ». Un choix de mots qui n’est pas anodin et qui, déjà, divise. Sur les 193 États membres, 123 ont voté en faveur, tandis que les États-Unis, Israël et l’Argentine s’y sont opposés. Une majorité de pays européens, dont le Royaume-Uni, ont préféré s’abstenir.
Au cœur du désaccord, une question cruciale : peut-on établir une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité ? Certains États estiment que non, refusant ainsi de soutenir une formulation jugée trop exclusive. D’autres, au contraire, considèrent que l’ampleur, la durée et les conséquences de la traite négrière justifient cette reconnaissance exceptionnelle.
Pour John Dramani Mahama, présent à New York pour défendre le texte, il s’agit d’un moment « historique ». Au-delà du symbole, il voit dans cette résolution une étape vers un objectif plus vaste : la justice réparatrice. Car derrière les mots, il y a une réalité chiffrée. Ce sont en effet, plus de 12 millions d’Africains déportés sur plusieurs siècles, et des conséquences qui, selon de nombreux chercheurs, se font encore sentir aujourd’hui.
Mais la reconnaissance suffit-elle ? C’est toute la question. Le texte adopté n’a aucune valeur contraignante. Il appelle les États à agir, sans les y obliger. Et sur la question sensible des réparations, les positions restent profondément divergentes. Washington a notamment rejeté l’idée que des États contemporains puissent indemniser des injustices historiques aussi anciennes.
Du côté africain, les attentes sont concrètes. Il ne s’agit pas uniquement de compensations financières, mais aussi d’investissements dans l’éducation, la formation et le développement économique. L’objectif : corriger des déséquilibres hérités de l’esclavage.
Autre revendication majeure : le retour des œuvres et objets culturels emportés durant la période coloniale et esclavagiste. Pour de nombreux pays africains, ces artefacts ne sont pas de simples pièces de musée, mais des éléments essentiels de leur mémoire collective.
Le débat, en réalité, ne fait que commencer. Entre reconnaissance symbolique et exigences de justice concrète, la communauté internationale reste divisée. Pourtant, comme l’a rappelé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rendre hommage aux victimes implique plus que des déclarations. Cela suppose des actes.
Reste à savoir lesquels et surtout, quand.
Thom Biakpa




