À Bamako, l’arrivée récente de centaines de camions-citernes a apporté un léger soulagement, mais elle ne suffit pas à dissiper les inquiétudes. Depuis plusieurs jours, la capitale malienne faisait face à une pénurie critique de gasoil, provoquant des files d’attente interminables dans les rares stations encore approvisionnées.
Cette situation a également aggravé les coupures d’électricité, parfois longues de plus de 24 heures dans certains quartiers.
Cette crise s’inscrit dans un contexte déjà fragile. D’un côté, la hausse mondiale des prix de l’énergie, liée notamment aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pèse sur les coûts d’importation. De l’autre, les difficultés d’approvisionnement internes, accentuées par l’embargo imposé par des groupes jihadistes depuis plusieurs mois, compliquent considérablement l’acheminement du carburant à travers le pays.
Face à cette situation, les autorités de transition ont récemment décidé d’augmenter les prix réglementés du carburant, jusque-là subventionnés. Une mesure qui a immédiatement eu des répercussions sur l’ensemble de l’économie, en particulier dans les secteurs du transport et de l’industrie.
Mais le gouvernement ne s’arrête pas là. Il accuse désormais certains opérateurs économiques de profiter de la crise pour augmenter leurs prix de manière abusive. Sans citer d’exemples précis, le ministère de l’Industrie et du Commerce a mis en garde contre toute hausse jugée injustifiée, promettant des sanctions. De son côté, le ministère des Transports pointe du doigt certaines compagnies d’autocars, soupçonnées d’avoir appliqué des augmentations disproportionnées.
Sur le terrain, la réalité semble plus nuancée. Si certains abus sont reconnus, de nombreux acteurs économiques expliquent qu’ils n’ont d’autre choix que de répercuter la hausse du coût du carburant, notamment celle du gasoil, essentiel pour les activités de transport et de production. D’autres évoquent une contrainte supplémentaire : l’obligation de s’approvisionner sur le marché noir en raison des pénuries, ce qui entraîne des coûts bien supérieurs aux tarifs officiels.
Dans ce climat tendu, les critiques politiques émergent. Des voix de l’opposition dénoncent une stratégie de communication consistant à désigner des responsables sans engager de véritable dialogue avec les acteurs économiques. Selon elles, une meilleure concertation en amont aurait permis d’atténuer les effets de la hausse des prix.
Parallèlement, le gouvernement tente d’anticiper les crises futures. Un projet de création d’un stock national stratégique de produits pétroliers a été adopté en Conseil des ministres. L’objectif est de disposer d’une réserve couvrant jusqu’à 45 jours de consommation. Une initiative ambitieuse, mais qui reste, pour l’heure, difficile à concrétiser dans un pays déjà confronté à des déficits chroniques d’approvisionnement.
Ainsi, au-delà de la crise immédiate, le Mali se trouve face à un défi structurel : sécuriser durablement son accès à l’énergie dans un environnement instable, tout en préservant l’équilibre économique et social.
Thom Biakpa




