Au Burkina Faso, le pouvoir militaire affiche désormais clairement ses priorités : la sécurité avant toute considération démocratique. Dans une longue interview diffusée à la télévision nationale, le capitaine Ibrahim Traoré a assumé sans détour l’orientation de son régime, invitant les citoyens à ne plus se focaliser sur la question des élections.
« On ne parle même pas d’élections d’abord (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie c’est pas pour nous, elle peut attendre », a-t-il déclaré.
Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en 2022, le chef de la junte a écarté toute perspective de retour rapide à un ordre constitutionnel. Initialement prévue pour s’achever en juillet 2024, la période de transition a été prolongée de cinq ans, repoussant d’autant l’organisation de scrutins.
Une décision qui s’inscrit dans un contexte de restructuration profonde des institutions. La commission électorale a été dissoute, tout comme les partis politiques, dont les activités étaient déjà suspendues.
Dans son intervention, Ibrahim Traoré a justifié cette ligne par la situation sécuritaire du pays. Confronté depuis près d’une décennie à des attaques de groupes jihadistes, le Burkina Faso reste en proie à une violence persistante. Pour les autorités, la priorité absolue est la reconquête du territoire et la stabilisation du pays, quitte à mettre entre parenthèses les mécanismes démocratiques.
Le président burkinabè a également défendu l’action des forces armées et de leurs supplétifs, rejetant les accusations d’exactions visant des civils. Selon lui, ces allégations ne reposeraient sur aucune preuve tangible. Il a par ailleurs insisté sur l’autonomie de l’armée burkinabè, tout en reconnaissant un appui matériel de la Russie, sans implication directe dans la formation des troupes.
Sur le plan politique, le pouvoir s’est aussi exprimé sur le sort de l’ancien dirigeant Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé lors du second coup d’État de 2022. Extradé récemment vers Ouagadougou, il est désormais entre les mains de la justice, accusé notamment de tentative de déstabilisation. Ce positionnement marque une rupture assumée avec les standards démocratiques classiques.
Pour les autorités burkinabè, l’heure n’est plus aux élections, mais à la guerre, une guerre qu’elles entendent mener jusqu’à un retour à la stabilité, condition qu’elles jugent préalable à toute ouverture politique.
Thom Biakpa




