La Gambie vient de poser un pas décisif dans son long processus de justice transitionnelle. Le mercredi 8 avril, les autorités ont annoncé la nomination d’un procureur spécial chargé de poursuivre les crimes commis sous le régime de Yahya Jammeh, qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1994 à 2017.
Après des mois d’attente et de critiques sur la lenteur des réformes, c’est l’avocat britannique Martin Hackett qui a été choisi pour occuper ce poste stratégique. Sa mission : conduire les poursuites contre les responsables d’exactions documentées au cours de cette période sombre de l’histoire gambienne.
Un lourd passé à juger
Les travaux de la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) ont permis de mettre en lumière l’ampleur des violations des droits humains. Exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, actes de torture, violences sexuelles ou encore détentions arbitraires : les témoignages recueillis dressent le portrait d’un système répressif profondément enraciné.
La commission a recommandé l’ouverture de poursuites contre environ 70 individus, parmi lesquels figure Yahya Jammeh lui-même. Depuis sa défaite électorale face à Adama Barrow en 2016, l’ancien dirigeant vit en exil en Guinée équatoriale.
La nomination du procureur spécial intervient près de deux ans après la création du poste, illustrant les lenteurs administratives et politiques qui ont ralenti le processus. Le mandat de Martin Hackett, fixé à quatre ans renouvelables, devrait désormais accélérer la mise en œuvre des recommandations de la TRRC.
Parallèlement, les autorités travaillent à la création d’un tribunal spécial, avec le soutien de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Toutefois, ce projet reste suspendu à la mobilisation de financements nécessaires.
Au-delà de l’aspect judiciaire, cette nomination représente un signal fort pour les victimes et leurs familles. Elle marque la volonté des autorités gambiennes de lutter contre l’impunité et de reconnaître les souffrances endurées pendant des décennies.
Thom Biakpa




