Le marché bancaire ouest-africain vit des moments contrastés. Si le Nigeria reste incontestablement le moteur régional, la dévaluation récente du naira a chamboulé le classement des plus grandes banques, réduisant l’écart entre les leaders à moins de 2,5 milliards de dollars. Access Bank, First Bank of Nigeria et Zenith Bank se tiennent désormais quasiment à égalité, alors que l’an dernier, la différence atteignait près de 9 milliards de dollars.
En parallèle, les banques des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ont trouvé un souffle grâce à leur ancrage à l’euro. Société Générale Côte d’Ivoire, par exemple, échoue de peu à intégrer le top 5, tandis que NSIA Côte d’Ivoire se hisse dans le top 10.
Malgré cette diversification, deux pays concentrent l’essentiel du pouvoir bancaire régional : le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Quatorze banques nigérianes et onze banques ivoiriennes représentent à elles seules 78 % du bilan total de la région.
Une fracture linguistique persistante
Le découpage entre zones anglophone et francophone reste frappant. Ecobank fait exception, avec des entités présentes des deux côtés de la ligne linguistique. Pour les autres, le succès se limite à leur zone d’origine. Guaranty Trust Bank (GTB) illustre bien cette réalité. Sa filiale nigériane figure parmi les leaders, mais GTB Côte d’Ivoire pointe seulement à la 76e place de l’Uemoa.
Bank of Africa, fondée au Mali et désormais détenue par le Marocain BMCE Bank of Africa, se concentre entièrement sur la francophonie avec trois filiales (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Bénin), tandis que sa filiale ghanéenne reste marginale.
Une région en tension et en mutation
La crise monétaire nigériane et la force relative de l’euro renforcent l’idée que l’Afrique de l’Ouest bancaire est à la fois concentrée et fragmentée. Entre poids économique des grandes puissances régionales et limites d’internationalisation des groupes, la dynamique future du secteur reste à observer de près.
Thom Biakpa




