Dans un contexte politique en pleine recomposition au Bénin, Romuald Wadagni désormais candidat de la majorité présidentielle pour l’échéance de 2026, cherche à imposer son propre tempo. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le ministre de l’Économie et des Finances livre une lecture sobre presque technique de son entrée dans la course.
Loin d’un récit classique d’ascension politique soigneusement planifiée, Wadagni revendique une trajectoire dictée par les circonstances. Sa candidature, explique-t-il, ne relève pas d’une ambition personnelle ancienne, mais d’un choix collectif opéré au sein du camp présidentiel après le retrait annoncé de Patrice Talon. Une manière de désamorcer toute perception d’opportunisme, tout en se positionnant comme un homme de continuité.
Mais derrière cette posture, un équilibre délicat se dessine : incarner l’héritage sans en être l’ombre. Wadagni insiste ainsi sur son rôle dans les réformes économiques menées ces dernières années, mettant en avant son expérience gouvernementale comme socle de crédibilité.
Pourtant, il reste discret sur les contours précis de son projet, préférant pour l’instant installer une image de gestionnaire solide plutôt que de détailler un programme.
La question de son indépendance vis-à-vis du président sortant s’impose naturellement dans le débat. Sur ce point, le candidat se veut catégorique : Patrice Talon, affirme-t-il, n’exercera « aucune tutelle » après son départ du pouvoir. Une déclaration qui vise autant à rassurer l’opinion qu’à affirmer son autonomie politique. Il reconnaît néanmoins l’influence intellectuelle et professionnelle du chef de l’État, tout en s’efforçant de tracer une ligne claire entre proximité passée et indépendance future.
Un programme de gouvernance centré sur la modernisation de l’État, la transparence et l’intégration du numérique dans l’action publique.
Présenté ce week-end à Cotonou, le programme de gouvernance de Romuald Wadagni repose sur une réforme en profondeur du fonctionnement institutionnel. Le candidat propose notamment l’instauration d’une reddition de comptes annuelle et itinérante. Ce mécanisme viserait à rapprocher les autorités des citoyens, en associant élus locaux, responsables traditionnels et organisations sociales autour de bilans publics et d’échanges directs.
Dans la même logique, Romuald Wadagni met l’accent sur la participation citoyenne. Il prévoit de formaliser des outils permettant aux populations de contribuer à l’élaboration et au suivi des politiques publiques, notamment à travers des consultations régulières et des plateformes numériques dédiées.
Le numérique occupe une place centrale dans cette vision. Le candidat ambitionne de dématérialiser certains processus clés, à commencer par le système électoral, afin d’en renforcer la transparence et la crédibilité. Cette transformation s’accompagnerait de mesures encadrant la protection des données personnelles, la cybersécurité et la prévention des dérives liées aux usages numériques.
Enfin, le programme prévoit un déploiement progressif des réformes. Une première phase serait consacrée à la mise en place des infrastructures technologiques et des cadres réglementaires, avant une généralisation à l’échelle nationale.
À travers ces orientations, Romuald Wadagni propose une gouvernance qui se veut plus ouverte, interactive et adaptée aux enjeux contemporains, en misant sur la technologie comme levier de transformation de l’action publique.
À mesure que l’élection présidentielle approche, le candidat Wadagni construit son image publique. Entre continuité assumée et volonté d’émancipation, Romuald Wadagni entame une campagne où chaque mot semble pesé. Les prochaines semaines devraient révéler si cette stratégie de prudence peut se transformer en véritable dynamique politique.
Thom Biakpa




