À quelques semaines de la présidentielle béninoise, le paysage politique connaît un retournement aussi rapide qu’inattendu. Ce qui ressemblait encore récemment à une opposition structurée autour du parti Les Démocrates se fragmente désormais sous le poids de départs successifs et de repositionnements stratégiques.
Dernier épisode en date, le ralliement de figures bien connues de l’opposition à la candidature de Romuald Wadagni, présenté comme le successeur désigné du président Patrice Talon. Parmi elles, Guy Mitokpè, longtemps considéré comme l’un des visages les plus combatifs contre le pouvoir en place. Porte-parole incisif et omniprésent dans les médias, il incarnait une ligne dure au sein de son parti.
Son départ intervient dans un contexte particulier : la décision des Démocrates de ne soutenir aucun candidat pour le scrutin à venir. Une position que Mitokpè n’a visiblement pas acceptée. Quelques jours après avoir quitté le parti, il officialise son choix en faveur du ticket Wadagni-Talata, mettant en avant une vision qu’il juge plus pragmatique et tournée vers la cohésion nationale.
Ce repositionnement n’est pas isolé. Chabi Yayi, fils de l’ancien président Thomas Boni Yayi, a lui aussi franchi le pas. Ancien responsable des relations extérieures du parti, il s’était déjà éloigné de la formation avant d’apporter son soutien au même candidat. Dans ses déclarations, il insiste sur les qualités d’écoute et l’approche concrète de Romuald Wadagni.
Ces ralliements successifs illustrent une recomposition accélérée du champ politique béninois à l’approche du scrutin. Entre démissions, divergences stratégiques et alliances inattendues, l’opposition peine à maintenir une ligne claire.
En coulisses, certains cadres du parti Les Démocrates s’inquiètent de cette dynamique, y voyant un affaiblissement du pluralisme politique. L’un d’eux résume la situation avec amertume : lorsque toutes les forces finissent par converger vers le pouvoir, c’est l’équilibre démocratique lui-même qui vacille.
À mesure que l’échéance électorale se rapproche, une question demeure : ces ralliements traduisent-ils une adhésion réelle au projet du candidat du pouvoir, ou simplement l’expression d’un rapport de force désormais déséquilibré ?
Thom Biakpa




