Le tribunal de grande instance de Koupéla a rendu, mardi 24 février, une décision aux répercussions symboliques fortes dans le paysage judiciaire burkinabè. Sept hauts responsables dont quatre magistrats et trois agents des douanes ont été condamnés à des peines de prison ferme pour corruption et complicité de corruption. Ce verdict s’inscrit dans la campagne anticorruption affichée par les autorités militaires au pouvoir depuis 2022.
Un procès sensible à Koupéla
Ouvert en janvier, le procès portait sur dix prévenus issus des sphères judiciaire et administrative. À l’issue des audiences, sept ont été reconnus coupables, tandis que trois magistrats et un avocat ont été relaxés au bénéfice du doute. Les charges examinées comprenaient notamment la soustraction de pièces de procédure, le blanchiment de capitaux et la violation du secret professionnel.
Les peines prononcées varient de deux à dix-huit mois de prison ferme. Des amendes comprises entre 4 et 5 millions de francs CFA (environ 6 100 à 7 600 euros) ont également été infligées.
Des figures judiciaires de premier plan concernées
Parmi les condamnés figure Urbain Medah, président de la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Ouagadougou et ancien président du procès de l’assassinat de Thomas Sankara. Il a été condamné à quinze mois de prison, dont deux ferme, ainsi qu’à une amende de cinq millions de francs CFA.
Sandaogo Antoine Kaboré, chef d’un syndicat de magistrats, a écopé d’une peine similaire pour complicité de corruption d’agents publics.
Alban Somé a été condamné à trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme, pour corruption et révélation illégale de l’identité d’un témoin protégé.
Mohamed Traoré a, pour sa part, été condamné à deux ans de prison, dont un an ferme, assortis d’une amende pour complicité de corruption.
Les trois agents des douanes reconnus coupables ont également été condamnés à des peines de prison ferme allant de deux à dix-huit mois, notamment pour corruption et complicité dans la divulgation illégale de l’identité d’un témoin protégé.
Une justice sous le signe de la « refondation »
Cette affaire intervient dans un contexte politique marqué par la prise de pouvoir de la junte militaire en 2022. Dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, elle affirme vouloir moraliser la vie publique et restaurer l’autorité de l’État, en s’inspirant de l’héritage de Thomas Sankara, figure emblématique de la lutte contre la corruption au Burkina Faso.
Les interpellations ayant conduit à ce procès faisaient suite à la dénonciation d’un « grave dysfonctionnement dans la chaîne judiciaire » par le Korag, un organe chargé de mettre en œuvre la vision stratégique des autorités de transition.
Si ces condamnations sont présentées par le pouvoir comme la preuve d’une volonté de rupture avec les pratiques du passé, elles s’inscrivent aussi dans un climat politique tendu. Les autorités militaires sont régulièrement accusées par des organisations de la société civile de restreindre l’espace d’expression et de réprimer les voix critiques.
Au-delà des peines prononcées, cette décision marque un moment clé pour l’institution judiciaire burkinabè, confrontée à un impératif de crédibilité dans un contexte de transition politique et sécuritaire fragile.
Thom Biakpa




