Au Cameroun, une possible évolution majeure des institutions est désormais sur la table. Réunis en Congrès à Yaoundé le 2 avril 2026, députés et sénateurs examinent un projet de révision constitutionnelle porté par la présidence. Au cœur de cette réforme : l’introduction d’un poste inédit de vice-président de la République.
Une réforme qui clarifie les intentions du pouvoir
Après plusieurs semaines de spéculations, la publication du texte a levé toute ambiguïté. L’exécutif souhaite bel et bien instaurer une fonction de vice-président, nommé directement par le chef de l’État pour l’assister dans ses missions. Cette innovation ne remplace pas le poste de Premier ministre, mais vient plutôt ajouter un troisième pôle au sein de l’exécutif.
Le projet prévoit également une modification significative dans l’ordre de succession. Jusqu’à présent, en cas de vacance du pouvoir, c’est le président du Sénat qui assurait l’intérim. Désormais, cette responsabilité reviendrait au vice-président, chargé d’achever le mandat en cours.
Une réorganisation du sommet de l’État
Si elle est adoptée, cette réforme transformerait en profondeur l’architecture institutionnelle du pays. Le président pourrait déléguer certaines de ses prérogatives au vice-président, même si la nature précise de ces pouvoirs n’est pas encore détaillée dans le texte.
Dans le contexte actuel, cette disposition prend une dimension particulière. Le président Paul Biya, âgé de 93 ans et en fonction pour un nouveau mandat courant jusqu’en 2032, pourrait ainsi désigner un successeur institutionnel direct en cas d’empêchement.
Entre prudence et inquiétudes
Sans surprise, les premières réactions oscillent entre réserve et scepticisme. Certains acteurs de la société civile dénoncent une réforme menée sans véritable consultation nationale. Le juriste Jean Calvin Aba’a Oyono évoque notamment une révision unilatérale d’un texte fondamental, tandis que Philippe Nanga redoute une possible transmission du pouvoir « de gré à gré ».
Du côté de la majorité, le ton est plus mesuré. On appelle à ne pas tirer de conclusions hâtives, insistant sur le caractère évolutif des Constitutions et sur l’ouverture du débat parlementaire.
Un enjeu politique majeur
Au-delà des aspects techniques, cette réforme relance le débat sur la succession au sommet de l’État. Le profil du futur vice-président, s’il est institué, deviendrait un élément central de la vie politique camerounaise.
Les discussions parlementaires en cours s’annoncent donc déterminantes pour l’avenir institutionnel du Cameroun, dans un contexte où chaque ajustement constitutionnel est scruté avec attention, tant à l’intérieur du pays qu’à l’international.
Thom Biakpa




