Le Ministère des Relations extérieures du Cameroun a confirmé, le 6 avril 2026, une information aussi sensible que troublante. En effet, 16 Camerounais ayant rejoint les rangs de l’armée russe ont trouvé la mort dans le conflit en Ukraine. La notification officielle, transmise par l’ambassade de Russie à Yaoundé début mars, évoque des décès survenus en « zone d’opération militaire spéciale », terminologie employée par Moscou pour désigner la guerre en cours.
Une communication minimale de Yaoundé
L’annonce, relayée par la CRTV, s’accompagne d’un appel aux familles des victimes à se rapprocher des services compétents du ministère. Les autorités affirment avoir engagé des démarches pour informer les proches, mais sans livrer de détails sur les circonstances exactes des décès, ni sur leur chronologie.
Par ailleurs, aucune initiative diplomatique visible n’a été rendue publique. Contrairement à d’autres États africains, Yaoundé privilégie une approche discrète, évoquant des échanges bilatéraux menés hors de l’espace médiatique. Cette retenue alimente les interrogations sur la stratégie adoptée face à un phénomène qui dépasse désormais le cadre individuel.
L’Afrique face au recrutement de ses ressortissants
Le cas camerounais s’inscrit dans une dynamique plus large. En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa est intervenu directement auprès de Vladimir Poutine pour obtenir le retour de ressortissants coincés dans les zones de combat. Du côté du Kenya, une mission officielle à Moscou a permis d’arracher des garanties contre de nouveaux recrutements, tandis que des poursuites judiciaires ont été engagées contre des réseaux soupçonnés de traite. Le Zimbabwe a également reconnu des pertes humaines liées à ces engagements, souvent présentés comme contractuels mais parfois entachés d’irrégularités.
Un encadrement encore insuffisant
Au Cameroun, les autorités avaient déjà tenté d’endiguer le phénomène en 2025, après la défection de militaires vers le front ukrainien. Une mesure restrictive avait alors été imposée au sein des forces de sécurité, sans toutefois couvrir les civils, aujourd’hui au cœur du problème.
L’absence d’informations sur un éventuel rapatriement des corps ou sur des dispositifs d’accompagnement des familles laisse planer un sentiment d’inachevé. Entre prudence diplomatique et pression croissante de l’opinion, Yaoundé devra sans doute clarifier sa position face à un dossier à la fois humain, politique et international.
Thom Biakpa




