Après plus d’un mois de détention, Soumaïla Bredoumy, porte-parole du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), a quitté mercredi 7 janvier, le Pôle pénitencier d’Abidjan, ex MACA. L’opposant politique a été remis en liberté provisoire et placé sous contrôle judiciaire. Une décision qui marque un tournant dans un dossier devenu emblématique des tensions politiques actuelles en Côte d’Ivoire.
L’annonce de sa libération a été faite par l’un de ses avocats, Me Ange Rodrigue Dadje, avant d’être confirmée par des responsables du PDCI. Incarcéré depuis le 27 novembre, Soumaïla Bredoumy était poursuivi dans le cadre d’une procédure exceptionnelle visant un parlementaire, après son retour au pays à la suite de plusieurs mois passés à l’étranger.
Une détention au cœur de la bataille politique
Le cas Bredoumy avait suscité une vive attention, notamment parce que l’homme politique a été réélu député alors qu’il se trouvait encore derrière les barreaux. Comme une trentaine de candidats du PDCI, il a remporté son siège lors des élections législatives du 27 décembre, un scrutin largement remporté par le parti présidentiel.
Pour ses soutiens, cette élection constituait un signal politique fort. Pour ses détracteurs, elle n’effaçait pas la gravité des accusations portées contre lui. La justice ivoirienne reproche en effet à Soumaïla Bredoumy dix-huit chefs d’inculpation, allant de l’atteinte à l’ordre public au complot contre l’autorité de l’État, en passant par des faits qualifiés d’actes terroristes, d’assassinat ou encore d’organisation de bande armée. Des accusations que l’intéressé et ses avocats rejettent catégoriquement.
Une opposition sous pression
Figure de proue du PDCI, Soumaïla Bredoumy s’était illustré par ses prises de position virulentes contre la candidature d’Alassane Ouattara à un quatrième mandat présidentiel. Il faisait partie des responsables politiques ayant appelé à manifester avant le scrutin présidentiel, appels qui avaient été interdits par les autorités.
Si l’élection s’est déroulée dans un climat globalement calme, des violences ont néanmoins éclaté en marge du processus électoral. Les autorités ont fait état d’au moins onze morts et de plusieurs arrestations lors de manifestations non autorisées ou d’affrontements intercommunautaires.
Deux lectures opposées
Au moment de l’arrestation de son porte-parole, le PDCI avait dénoncé ce qu’il qualifiait de manœuvre politique, évoquant une volonté du pouvoir de museler l’opposition par des procédures judiciaires. Le parti parlait alors d’intimidation et de harcèlement ciblant les voix dissidentes.
Le gouvernement, de son côté, a toujours rejeté ces accusations. Les autorités assurent que les poursuites engagées contre Soumaïla Bredoumy, comme contre d’autres manifestants ou responsables politiques, relèvent exclusivement de la justice et ne sont motivées ni par l’appartenance politique ni par les opinions exprimées.
Un dossier toujours ouvert
Placée sous contrôle judiciaire, la libération de Soumaïla Bredoumy ne met pas fin aux poursuites engagées contre lui. Elle ouvre toutefois une nouvelle phase dans une affaire qui continue d’alimenter le débat sur l’état des libertés publiques, le rôle de l’opposition et l’indépendance de la justice en Côte d’Ivoire, dans un contexte politique encore marqué par les séquelles du cycle électoral.
Thom Biakpa




