La filière cacao ivoirienne traverse une zone de fortes turbulences. Comme nous l’annoncions dans une précédente publication, ce 4 mars 2026, le gouvernement a annoncé une baisse spectaculaire du prix d’achat garanti aux producteurs, ramené à 1 200 francs CFA le kilo, contre 2 800 francs CFA auparavant. Soit une chute de 57,14 %, qui marque un tournant brutal pour des centaines de milliers de planteurs.
L’annonce a été faite par le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, dans un contexte particulièrement tendu pour la première économie agricole d’Afrique de l’Ouest. Avec un prix désormais fixé à environ 1200 fcfa le kilo, contre 2800 fcfa précédemment, la Côte d’Ivoire cherche à adapter son mécanisme de fixation des prix à une conjoncture internationale défavorable.
Une réponse à la chute des cours mondiaux
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire occupe une place centrale sur le marché international. Or, après une période de flambée exceptionnelle des prix qui avait porté le kilo à un niveau record, les cours mondiaux connaissent aujourd’hui un net repli. Cette correction s’explique notamment par un phénomène de surstockage et un ralentissement de la demande sur certains marchés.
Dans ce contexte, maintenir un prix élevé garanti aux producteurs devenait difficilement soutenable pour les équilibres financiers de la filière. Le gouvernement ivoirien a donc opté pour un ajustement drastique afin d’aligner le prix interne sur la réalité des marchés internationaux.
Un système de prix administré
En Côte d’Ivoire, les prix du cacao ne sont pas laissés aux seules fluctuations du marché. Ils sont fixés par l’État deux fois par an : une première fois pour la campagne principale, qui débute en octobre, puis pour la campagne intermédiaire, généralement ouverte en avril. Cette année, la révision a été avancée d’un mois, signe de l’urgence de la situation.
Ce système vise habituellement à protéger les producteurs contre les variations excessives des cours. Mais lorsque la baisse est aussi marquée, l’impact sur les revenus agricoles est immédiat. Pour de nombreux planteurs, cette réduction représente une perte significative de pouvoir d’achat et pourrait fragiliser davantage les exploitations familiales.
Une filière sous pression
La décision intervient dans un climat d’incertitude pour l’ensemble de la chaîne de valeur : producteurs, coopératives, exportateurs et industriels du chocolat. Si la baisse du prix d’achat peut contribuer à écouler les stocks et à restaurer une certaine compétitivité à l’exportation, elle soulève aussi des inquiétudes sociales.
Le cacao constitue en effet, l’un des piliers de l’économie ivoirienne et une source de revenus essentielle pour des millions de personnes.
Toute variation importante du prix garanti se répercute directement sur la vie des ménages ruraux.
Face à la crise actuelle, les autorités devront désormais concilier impératifs économiques et stabilité sociale. La réduction de 57 % du prix d’achat marque une étape difficile pour la filière cacao ivoirienne, qui reste plus que jamais dépendante des aléas du marché mondial.
Thom Biakpa




