L’aéroport international Modibo Keïta de Bamako, longtemps préservé des pénuries de carburant qui frappent le Mali depuis plusieurs mois, est désormais à son tour affecté. Depuis le début de l’année, des perturbations dans l’approvisionnement en kérosène contraignent plusieurs compagnies aériennes à revoir leurs programmes de vols, révélant l’ampleur d’une crise énergétique aux ramifications sécuritaires et financières.
Parmi les transporteurs touchés, figurent Air Burkina, la compagnie française Corsair et Sky Mali. Dans un communiqué publié le 10 janvier, Air Burkina a annoncé des ajustements sur ses liaisons vers Bamako et Dakar, invoquant des difficultés d’approvisionnement en carburant dans la capitale malienne.
Quelques jours plus tôt, Corsair avait dû modifier un vol Bamako–Paris pour les mêmes raisons, tandis que Sky Mali annonçait l’annulation de plusieurs rotations domestiques, évoquant des contraintes logistiques persistantes dans la chaîne d’approvisionnement.
Un contexte sécuritaire dégradé
Ces perturbations s’inscrivent dans un climat sécuritaire particulièrement tendu. Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, impose un blocus sur plusieurs axes stratégiques du pays et cible régulièrement les convois de carburant. Cette stratégie vise à fragiliser l’économie malienne en raréfiant l’accès à une ressource essentielle.
À l’automne, Bamako avait déjà subi de sévères pénuries, entraînant des files d’attente interminables dans les stations-service et des coupures d’électricité à répétition. Si l’aéroport avait jusque-là échappé à ces difficultés, il semble désormais rattrapé par la crise.
Difficultés financières et dysfonctionnements internes
Au-delà des attaques contre les convois, des problèmes internes viennent aggraver la situation. Selon des sources proches du dossier, Aéroports du Mali, l’entreprise publique chargée de la gestion des plateformes aéroportuaires, éprouve de sérieuses difficultés à honorer ses engagements financiers. Des retards de paiement auprès des fournisseurs de carburant seraient à l’origine de la suspension partielle des livraisons de kérosène.
« Les problèmes ne sont pas seulement liés à l’approvisionnement national, il y a aussi une question de gestion interne », confie une source au ministère malien des Finances. Un agent d’Aéroports du Mali évoque quant à lui des factures impayées et des échéances non respectées, qualifiées de cause principale de la rupture de fourniture.
Une réunion de crise annoncée
Face à l’urgence de la situation, les autorités ont décidé de convoquer une réunion de crise prévue pour le mardi 13 janvier. L’objectif : faire le point sur les responsabilités, évaluer l’état réel des stocks et déterminer les mesures à prendre pour éviter une paralysie prolongée du trafic aérien.
Fin décembre, le gouvernement avait pourtant tenté de rassurer l’opinion publique en annonçant la réception de plus de 680 citernes de carburant à travers le pays, appelant les populations au calme. Mais sur les réseaux sociaux, de nombreux Maliens continuent de signaler des difficultés d’approvisionnement, aussi bien à Bamako que dans les régions de l’intérieur.
Alors que le transport aérien représente un enjeu crucial pour la mobilité, l’économie et les liaisons internationales du Mali, la persistance de cette crise pourrait avoir des conséquences durables, tant pour les compagnies aériennes que pour les usagers.
Thom Biakpa




