En l’espace de cinquante-quatre jours, la mer a déjà englouti des centaines de vies. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 606 migrants ont en effet, été signalés morts ou disparus en Méditerranée depuis le 1er janvier 2026. Un chiffre sans précédent à cette période de l’année depuis que l’agence onusienne a commencé à compiler ces données en 2014.
Le dernier drame en date s’est joué samedi 21 février, au large de la Crète, en Grèce. Une embarcation transportant des migrants a sombré en pleine mer. Quatre corps ont été repêchés et au moins trente personnes restent portées disparues. Des patrouilleurs poursuivent les opérations de recherche, tandis que les autorités redoutent un bilan plus lourd encore. Ce naufrage vient clore une séquence particulièrement meurtrière qui marque le début de l’année.
Une route de plus en plus empruntée
Depuis plus d’un an, la route reliant les côtes libyennes à la Crète s’est intensifiée. Cette traversée de plus de 300 kilomètres, périlleuse en toute saison, devient redoutable en hiver. Vents violents, températures basses et embarcations précaires transforment la Méditerranée en piège mortel. L’île grecque, porte d’entrée vers l’espace Schengen, cristallise désormais une part croissante des départs.
Pour l’OIM, ce début d’année 2026 constitue « le plus meurtrier jamais enregistré en Méditerranée » sur une période équivalente. L’organisation souligne que ces chiffres, déjà alarmants, pourraient encore évoluer à mesure que les signalements se confirment.
Des dispositifs européens sous pression
L’Union européenne dispose pourtant de plusieurs mécanismes de contrôle. L’agence Frontex patrouille aux frontières extérieures. L’opération EUNAVFOR MED Irini surveille les eaux de Méditerranée centrale. Des accords ont également été conclus avec la Turquie, la Libye et la Tunisie pour contenir les flux migratoires en amont.
En 2024, le Pacte sur la migration et l’asile a été adopté, afin d’harmoniser les procédures d’asile et de renforcer la solidarité entre États membres. Mais sur le terrain, les drames se poursuivent.
L’OIM dénonce une accumulation de failles : manque de voies légales et sûres, réseaux de passeurs toujours actifs, capacités de recherche et de sauvetage jugées insuffisantes. L’organisation appelle à un renforcement urgent des opérations en Méditerranée centrale et à une coopération régionale accrue pour prévenir de nouvelles tragédies.
Alors que les recherches se poursuivent au large de la Crète, le bilan du naufrage de samedi demeure provisoire. Mais une chose est déjà certaine : en 2026, la Méditerranée reste l’une des frontières les plus meurtrières au monde.
Thom Biakpa




