Après plus d’un an de relations tendues, la France et le Tchad amorcent un rapprochement prudent. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno est attendu à Paris, ce jeudi 29 janvier pour un entretien avec Emmanuel Macron, une rencontre qui marque une volonté commune de réengager le dialogue après une période de rupture diplomatique et militaire sans précédent.
L’Élysée a confirmé cette visite mardi 27 janvier, soulignant l’ambition des deux chefs d’État de bâtir un partenariat « renouvelé et mutuellement bénéfique ». Une formule diplomatique qui traduit la nécessité, pour Paris comme pour N’Djamena, de redéfinir les bases d’une relation longtemps structurée autour de la coopération sécuritaire.
Une rupture stratégique aux conséquences régionales
La dégradation des relations s’est cristallisée en novembre 2024, lorsque le Tchad a mis fin à l’accord de défense qui le liait à la France. Cette décision a entraîné le retrait des forces françaises du territoire tchadien, mettant un terme à la dernière présence militaire permanente de Paris au Sahel, deux ans après la fin de l’opération Barkhane.
Cette rupture s’inscrivait dans un contexte plus large de remise en cause du rôle français en Afrique, sur fond de souveraineté revendiquée et de diversification des alliances. Les tensions ont été ravivées début 2025, après des propos d’Emmanuel Macron sur « l’ingratitude » de certains partenaires africains, jugés offensants par les autorités tchadiennes.
Un dialogue sous contraintes politiques
Au-delà des enjeux militaires, la relation franco-tchadienne a également été fragilisée par des facteurs politiques. Mahamat Idriss Déby Itno, arrivé au pouvoir en 2021 à la suite du décès de son père Idriss Déby Itno, a été élu président en mai 2024 lors d’un scrutin vivement contesté par l’opposition. L’ouverture en France d’une enquête judiciaire le visant pour des soupçons de détournement de fonds a contribué à refroidir davantage les relations bilatérales.
Dans le même temps, le Tchad a multiplié les signaux d’ouverture vers de nouveaux partenaires, notamment les Émirats arabes unis, la Turquie et la Russie, traduisant une stratégie de diversification diplomatique et sécuritaire.
Vers une coopération redéfinie
La rencontre parisienne intervient dans un contexte où les deux capitales semblent reconnaître la nécessité d’un réajustement pragmatique. Sans retour au schéma ancien d’une coopération essentiellement militaire, Paris et N’Djamena affichent désormais leur volonté d’explorer de nouveaux cadres de collaboration, adaptés aux équilibres géopolitiques actuels et aux priorités respectives des deux États.
Reste à savoir si ce réchauffement diplomatique se traduira par des engagements concrets ou s’il s’agira avant tout d’un geste symbolique destiné à stabiliser une relation devenue plus complexe et moins prévisible.
Thom Biakpa




