Depuis le 17 février, les écrans des Gabonais affichent le même message d’erreur : Facebook, TikTok, Instagram et YouTube sont inaccessibles. Une coupure inédite décidée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), qui a ordonné la suspension des principales plateformes sociales « jusqu’à nouvel ordre ».
Une décision au nom de la “cohésion sociale”
Dans son communiqué, le régulateur évoque la prolifération de contenus jugés attentatoires à la dignité humaine, aux bonnes mœurs, à l’honneur des citoyens et à la sécurité nationale. Les autorités assurent avoir tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises depuis plus d’un an et demi.
À la présidence, la porte-parole adjointe Jennyfer Mélodie Sambat affirme que des avertissements répétés avaient été adressés aux plateformes concernant des publications qualifiées de diffamatoires, violentes, voire pornographiques. Selon elle, la suspension vise à « assainir » l’espace numérique.
Négociations en coulisses
En parallèle de la coupure, le gouvernement a engagé des discussions avec les entreprises concernées. Le ministère de la Communication confirme des échanges en cours avec Meta, maison mère de Facebook et Instagram, ainsi qu’avec TikTok.
Dès le lendemain de l’annonce, TikTok aurait pris contact avec la HAC, affirmant partager l’objectif de promouvoir un environnement numérique respectueux des droits et de la dignité des citoyens. Aucun calendrier précis de rétablissement n’a toutefois été communiqué.
Une opposition vent debout
La mesure suscite de vives critiques. L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze dénonce une décision « disproportionnée » et contraire à la Constitution, estimant qu’elle porte atteinte à la liberté d’expression.
Pour l’opposition, la suspension collective des réseaux sociaux pénalise l’ensemble de la population pour des dérives imputables à certains utilisateurs, et crée un précédent préoccupant en matière de libertés publiques.
Les VPN en embuscade
Malgré la fermeture officielle, la coupure reste partielle. De nombreux internautes contournent les restrictions grâce à des réseaux privés virtuels (VPN). Le fournisseur Proton a d’ailleurs signalé une hausse spectaculaire des téléchargements de son application au Gabon dès le premier jour de la suspension effective.
WhatsApp, également propriété de Meta, fonctionne quant à lui de manière intermittente selon les opérateurs.
Une suspension temporaire ?
Le porte-parole de la présidence, Théophane Zamé-Nze Biyoghe, assure que la mesure n’est « pas définitive ». Elle serait appelée à être levée une fois un cadre de régulation renforcé mis en place, présenté comme agissant « dans l’intérêt de tous ».
En attendant, le pays vit au rythme d’un débat plus large : comment concilier régulation des contenus en ligne et respect des libertés fondamentales à l’ère des plateformes mondialisées ?
Thom Biakpa




