La Guinée a appris mardi 6 janvier, la mort en détention de Claude Pivi, ancien colonel et figure centrale de la junte militaire au pouvoir entre 2008 et 2010. Condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l’humanité dans le cadre du massacre du 28 septembre 2009, l’ex-chef de la garde présidentielle s’est éteint dans un hôpital de Conakry après une hospitalisation d’urgence, selon les autorités judiciaires.
D’après le parquet général près la Cour d’appel, Claude Pivi, âgé d’une soixantaine d’années, souffrait de plusieurs pathologies chroniques, dont un diabète sévère. Une rupture dans le suivi de son traitement aurait provoqué une hypoglycémie grave, entraînant son admission en soins intensifs. Malgré deux jours de prise en charge médicale, il est décédé dans un coma hypoglycémique. Une autopsie a été ordonnée afin d’établir avec précision les causes du décès.
Surnommé « Coplan », Claude Pivi fut l’un des piliers du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), la junte dirigée par Moussa Dadis Camara après le coup d’État de décembre 2008. Ministre chargé de la Sécurité présidentielle, il exerçait une influence déterminante sur les forces chargées de la protection du régime, et son nom est resté indissociable des violences commises à cette période.
Ces violences culminent le 28 septembre 2009, lorsqu’une manifestation de l’opposition est brutalement réprimée au stade du même nom, à Conakry. Selon une enquête internationale mandatée par les Nations unies, au moins 156 personnes sont tuées et plusieurs centaines blessées. Les enquêteurs documentent également des viols et des violences sexuelles d’une ampleur inédite, faisant de ce massacre l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire contemporaine guinéenne.
Après de longues années d’attente, le procès des responsables présumés s’ouvre finalement, aboutissant en juillet 2024 à la condamnation de Claude Pivi par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais l’ancien militaire se distingue encore par une évasion spectaculaire en novembre 2023, aux côtés de Moussa Dadis Camara et d’autres détenus. Alors que la plupart des fugitifs sont rapidement rattrapés, Claude Pivi parvient à quitter le pays avant d’être localisé, arrêté au Liberia, puis extradé vers la Guinée.
Incarcéré depuis septembre 2024 à la prison de Coyah, il n’aura donc pas survécu longtemps à sa condamnation définitive. Sa mort intervient alors que le procès du massacre du 28 septembre était présenté comme un tournant majeur dans la lutte contre l’impunité en Guinée.
Pour les familles des victimes, ce décès laisse un sentiment contrasté : celui d’une justice formellement rendue, mais inachevée dans son exécution. Il rappelle aussi la fragilité des processus judiciaires face au poids du passé militaire et politique du pays, dont les cicatrices restent encore profondes.
Thom Biakpa




