Quatre mois après son accession au pouvoir, le colonel Michaël Randrianirina imprime sa marque sur la scène internationale. Reçu le 24 février à l’Élysée par le président Emmanuel Macron, le dirigeant malgache a officialisé avec la France un « partenariat renouvelé » censé redéfinir les relations bilatérales pour les deux prochaines années, soit la durée annoncée de la transition à Madagascar.
Cette rencontre intervient dans un contexte diplomatique délicat. Quelques jours plus tôt, le chef de l’État malgache était à Moscou pour un entretien avec Vladimir Poutine. Un déplacement qui illustre la volonté affichée d’Antananarivo de diversifier ses alliances. « Madagascar ne pratique aucune discrimination », a insisté Randrianirina, revendiquant une diplomatie d’ouverture, au moment où les grandes puissances multiplient les marques d’intérêt pour la Grande Île.
Tourner la page des tensions
Les relations entre Paris et Antananarivo avaient été fragilisées par l’exfiltration de l’ancien président Andry Rajoelina en octobre dernier, au plus fort des manifestations portées par la jeunesse. Perçue par une partie de l’opinion malgache comme une ingérence, cette opération avait installé un froid diplomatique dont la Russie a su tirer profit.
La visite à l’Élysée visait donc aussi à normaliser les échanges politiques. Selon le communiqué conjoint, les deux présidents ont fixé une feuille de route axée sur trois piliers : la consolidation du dialogue politique, le soutien au développement économique et la poursuite de la coopération en matière de sécurité et de défense.
L’économie au cœur du rapprochement
Au-delà du symbole diplomatique, c’est sur le terrain économique que se joue l’essentiel. En marge de la rencontre présidentielle, des représentants du patronat malgache ont échangé avec leurs homologues français. À la clé : 29 projets en discussion, pour un montant estimé entre 1 et 2 milliards d’euros.
Les secteurs jugés prioritaires reflètent les urgences du pays à savoir, le tourisme, la formation, le numérique et surtout l’énergie. À Madagascar, les délestages électriques pèsent lourdement sur la vie quotidienne et la compétitivité des entreprises. Plusieurs projets sont évoqués, allant du solaire aux mini-réseaux ruraux, jusqu’à des barrages hydroélectriques d’envergure comme Volobe et Sahofika.
Pour les entrepreneurs malgaches, l’enjeu est clair : obtenir des résultats tangibles à court terme, afin de restaurer la confiance des investisseurs. La transition politique, si elle s’accompagne d’avancées concrètes dans l’accès à l’énergie et aux infrastructures, pourrait constituer un levier de relance.
Incertitudes commerciales persistantes
Mais le climat économique reste fragile. L’an dernier, des droits de douane américains pouvant atteindre 47 % avaient frappé certains produits malgaches, avant d’être annulés. Si le dispositif commercial a été provisoirement renouvelé pour un an, les chefs d’entreprise dénoncent une visibilité insuffisante. Cette incertitude pèse notamment sur la filière textile, déjà confrontée à une concurrence accrue, en particulier venue d’Asie.
Dans ce contexte mouvant, Antananarivo cherche à sécuriser ses partenariats et à élargir ses marges de manœuvre. Entre Paris et Moscou, le pouvoir malgache avance sur une ligne d’équilibre pragmatique. Celle qui consiste à multiplier les soutiens sans s’aligner, attirer les investissements sans rompre les alliances historiques.
Reste à savoir si cette stratégie de diversification produira des effets durables et si les engagements annoncés se traduiront, dans les prochains mois, par des améliorations concrètes pour la population malgache.
Thom Biakpa




