Le Parlement européen a adopté, jeudi 12 mars, une résolution appelant à la libération « immédiate et inconditionnelle » de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum, renversé lors du coup d’État militaire du 26 juillet 2023 et détenu depuis lors à Niamey.
Le texte a été approuvé à une très large majorité. 524 eurodéputés ont en effet, voté en faveur de la résolution, tandis que deux s’y sont opposés et que 29 se sont abstenus. Bien que cette décision ne soit pas juridiquement contraignante, elle constitue un signal politique fort de la part de l’institution européenne, qui condamne fermement la « détention arbitraire » de l’ancien chef de l’État.
Élu en 2021, Mohamed Bazoum, âgé de 66 ans, a été renversé par des militaires dirigés par le général Abdourahamane Tiani. Depuis ce putsch, l’ancien président est retenu avec son épouse dans une aile du palais présidentiel de Niamey. Malgré sa situation, il a toujours refusé de démissionner de ses fonctions. Son mandat doit officiellement prendre fin le 2 avril prochain.
À l’origine de cette initiative parlementaire, l’eurodéputé français Christophe Gomart a estimé que l’absence de libération du président renversé avant l’expiration de son mandat constituerait « un échec grave » pour la communauté internationale.
Les députés européens ont également exprimé leurs inquiétudes quant aux conditions de détention du couple présidentiel. Selon eux, aucune information vérifiable sur leur situation n’a été rendue publique depuis plus d’un an. Ils affirment notamment que Mohamed Bazoum ne disposerait pas d’un accès à un avocat ni à des visites familiales régulières et que ses soins médicaux seraient limités.
Par ailleurs, la justice nigérienne a levé en 2024 l’immunité présidentielle de l’ancien dirigeant. Les autorités militaires ont également évoqué leur intention de le poursuivre pour « haute trahison », une accusation particulièrement grave pouvant entraîner la peine de mort.
Face à la résolution européenne, les autorités de Niamey ont vivement réagi. Le gouvernement nigérien a convoqué la chargée d’affaires de l’Union européenne dans le pays, Nicoletta Avella, afin de lui remettre une lettre officielle de protestation.
Dans un communiqué diffusé à la télévision publique, la diplomatie nigérienne a dénoncé ce qu’elle considère comme une « ingérence » dans les affaires intérieures du Niger. Les autorités ont également critiqué une attitude jugée « paternaliste et condescendante » de la part de l’Union européenne, affirmant qu’elles n’accepteraient « aucune injonction d’où qu’elle vienne ».
Depuis le renversement de Mohamed Bazoum, le Niger est dirigé par une junte militaire qui revendique une politique souverainiste et de rupture avec certaines partenaires occidentaux. En mars 2025, les autorités de transition ont annoncé la prolongation de leur maintien au pouvoir pour une période d’au moins cinq ans, malgré les appels répétés de la communauté internationale en faveur d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
Thom Biakpa




