Après des mois de dénégations, l’armée nigériane a officiellement reconnu l’existence d’un complot visant à renverser le président Bola Tinubu. Lundi 26 janvier, l’état-major a annoncé que plusieurs officiers seraient prochainement jugés par un tribunal militaire pour leur implication présumée dans une tentative de coup d’État survenue en 2025.
Cette annonce marque un tournant. Jusqu’ici, les autorités avaient soigneusement évité toute référence publique à un projet de renversement du pouvoir, préférant évoquer de vagues manquements disciplinaires. La confirmation d’une procédure judiciaire militaire met fin à cette ambiguïté.
Des arrestations requalifiées a posteriori
En octobre 2025, seize officiers avaient été interpellés par l’armée. Officiellement, il s’agissait de sanctions internes liées à des problèmes d’indiscipline. En coulisses, toutefois, plusieurs sources sécuritaires avaient indiqué que ces arrestations visaient des officiers soupçonnés de préparer une prise de pouvoir par la force.
Lundi, le porte-parole de l’armée, le major général Samaila Uba, a confirmé que l’enquête interne avait permis d’identifier des éléments impliqués dans un projet de déstabilisation du régime. Les officiers concernés seront traduits devant une juridiction militaire, sans qu’aucun calendrier précis n’ait encore été communiqué.
Une crise qui a ébranlé le sommet de l’État
L’affaire a laissé des traces au plus haut niveau de l’appareil sécuritaire. Peu après les arrestations, le président Tinubu avait procédé à un remaniement sensible au sein de l’état-major. Le général Christopher Musa, alors chef d’état-major, avait été temporairement écarté avant de réintégrer ses fonctions, puis d’être nommé ministre de la Défense en décembre.
Ce mouvement avait été interprété comme un signal politique fort. Un responsable gouvernemental avait alors reconnu que l’existence d’un tel complot révélait une faille grave dans le renseignement militaire, difficilement acceptable pour un pouvoir civil.
Le poids de l’histoire militaire nigériane
Cette tentative de coup d’État résonne avec l’histoire politique du Nigeria. Depuis son indépendance, le pays a connu plusieurs interruptions de l’ordre constitutionnel et de longues périodes de gouvernement militaire. Bien que le Nigeria soit officiellement revenu à un régime démocratique en 1999, l’armée demeure un acteur central de l’équilibre politique.
Chaque rumeur de putsch ravive ainsi la crainte d’un retour en arrière, dans une région ouest-africaine déjà fragilisée par une succession récente de coups d’État militaires.
Une armée sous pression permanente
Le contexte sécuritaire pèse lourdement sur l’institution militaire nigériane. Les forces armées sont engagées simultanément contre les groupes jihadistes dans le nord-est, les gangs armés dans le nord-ouest et des mouvements séparatistes dans d’autres régions du pays.
À cette surcharge opérationnelle,
s’ajoutent des tensions internes persistantes : retards de paiement, conditions de vie difficiles pour les soldats, fatigue liée à des déploiements prolongés. Autant de facteurs susceptibles d’alimenter des fractures au sein de la hiérarchie militaire.
Un signal d’alerte pour le pouvoir civil
En choisissant de rendre publique la tenue prochaine de procès militaires, les autorités nigérianes cherchent à démontrer leur contrôle sur l’appareil sécuritaire. Mais cette transparence tardive souligne aussi une réalité plus inconfortable : même dans une démocratie formelle, la stabilité politique reste étroitement liée à la cohésion de l’armée.
Le jugement des officiers impliqués sera scruté de près, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Il ne s’agira pas seulement de sanctionner des individus, mais de tester la capacité de l’État nigérian à contenir durablement toute tentation de rupture de l’ordre constitutionnel.
Thom Biakpa




