Le Nigeria et les États-Unis franchissent une nouvelle étape dans leur partenariat sécuritaire. Washington a confirmé la livraison récente de matériel militaire aux forces nigérianes, dans un contexte marqué par la persistance de la menace jihadiste et un rapprochement stratégique de plus en plus assumé entre les deux pays.
L’annonce a été faite mardi 13 janvier par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom), qui a indiqué avoir acheminé à Abuja des équipements destinés à soutenir les opérations militaires en cours. Si la nature exacte du matériel livré n’a pas été rendue publique, l’armée américaine évoque un appui logistique « essentiel » à ses partenaires nigérians et un renforcement de la coopération en matière de sécurité.
Cette livraison intervient peu après des frappes américaines menées fin décembre sur le territoire nigérian. Le jour de Noël, des drones MQ-9 Reaper ont tiré seize missiles guidés contre des combattants affiliés à l’organisation État islamique, ciblés dans la forêt de Bauni, dans l’État de Sokoto. Une zone inhabituelle pour ce type d’opération, alors que l’insurrection jihadiste est traditionnellement concentrée dans le nord-est du pays. Les autorités nigérianes ont toutefois affirmé que les frappes visaient un groupe armé venu du Sahel.
Depuis plus de quinze ans, le Nigeria fait face à une insurrection jihadiste aux multiples visages. Dans le nord-est, Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest continuent de déstabiliser la région, tandis que le nord-ouest et le centre du pays sont ravagés par des groupes criminels lourdement armés, responsables d’enlèvements massifs et de violences contre les populations civiles.
Dans ce contexte, Abuja a annoncé début janvier un approfondissement de son accord sécuritaire avec Washington. Les autorités nigérianes assurent vouloir conserver la maîtrise de leurs opérations, précisant que les frappes aériennes resteront du ressort de l’armée nationale, tout en s’appuyant sur le renseignement et la surveillance américains.
Cette coopération renforcée s’inscrit cependant dans un climat diplomatique sensible. En octobre, le président américain Donald Trump avait accusé des groupes armés nigérians de mener un « génocide » contre les chrétiens, mettant en cause l’inaction des autorités. Des propos vivement contestés par le gouvernement nigérian et par plusieurs experts, qui rappellent la complexité des causes du conflit et rejettent une lecture strictement religieuse de la violence.
Soucieuse de préserver l’appui américain, Abuja a intensifié ses efforts de communication à Washington. En décembre, le conseiller à la sécurité nationale, Nuhu Ribadu, a fait appel à une firme de lobbying américaine, DCI Group, pour un contrat de plusieurs millions de dollars visant à défendre l’image du Nigeria et à souligner les actions menées pour protéger les communautés vulnérables.
Si cette alliance stratégique avec les États-Unis est perçue par certains comme un atout majeur dans la lutte contre les groupes armés, elle soulève aussi des interrogations au sein de l’opinion nigériane. Entre impératifs sécuritaires, souveraineté nationale et dépendance militaire, le partenariat Abuja-Washington reste à la fois un outil clé et un sujet de débat dans un pays encore profondément marqué par des années de violences.
Thom Biakpa




