Les États-Unis resserrent leur coopération militaire avec le Nigeria dans un contexte de recrudescence des violences jihadistes. Début février, Washington a confirmé l’envoi d’une équipe restreinte de militaires américains sur le sol nigérian, marquant une nouvelle étape dans l’implication sécuritaire américaine en Afrique de l’Ouest.
Cette présence, qualifiée de « limitée » par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom), vise avant tout à appuyer les forces nigérianes par un partage d’expertise et de capacités spécialisées.
S’exprimant lors d’un point presse en ligne, le chef de l’Africom, le général Dagvin R. M. Anderson, a insisté sur le caractère coopératif de la mission, sans fournir de détails sur le nombre de soldats déployés ni sur l’étendue exacte de leurs attributions.
Une montée en puissance progressive de la coopération
Ce déploiement s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement sécuritaire entre Abuja et Washington. Depuis plusieurs semaines, les deux pays ont intensifié leurs échanges, notamment en matière de renseignement et de soutien logistique, alors que les groupes armés affiliés à l’État islamique gagnent en visibilité dans certaines régions du pays.
Les autorités américaines estiment que les forces nigérianes font face à des défis structurels persistants, malgré des années d’opérations militaires contre les groupes jihadistes. L’équipe américaine aurait ainsi pour mission de renforcer les capacités locales, sans implication directe annoncée dans des combats.
Des frappes ciblées en toile de fond
La décision américaine intervient quelques semaines après des frappes aériennes menées par les États-Unis, le 25 décembre contre des positions de l’État islamique dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria. Ces opérations, menées en coordination avec les autorités nigérianes, traduisent une approche plus proactive de Washington dans la lutte contre l’expansion des groupes jihadistes en Afrique de l’Ouest.
Fin janvier, l’Africom avait déjà signalé une augmentation des livraisons d’équipements militaires et du partage de renseignements, dans le cadre d’une stratégie visant à contenir l’influence de l’État islamique et de ses affiliés régionaux.
Une insécurité persistante et multiforme
Le Nigeria demeure confronté à une menace jihadiste durable, particulièrement dans le nord-est du pays, où Boko Haram et sa branche dissidente, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), mènent une insurrection depuis plus de quinze ans. Malgré les opérations de l’armée nigériane, ces groupes continuent de frapper aussi bien les forces de sécurité que les populations civiles, provoquant des déplacements massifs et une crise humanitaire prolongée.
Un équilibre social fragile
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, la situation s’inscrit dans un contexte social et identitaire sensible. Le Nigeria, pays le plus peuplé du continent africain, est traversé par des lignes de fracture religieuses et ethniques anciennes. Si les violences ne visent pas exclusivement une communauté, leur instrumentalisation politique et religieuse reste un facteur de tension.
Les accusations de persécutions ciblées contre les chrétiens, relayées par certains responsables américains, ont été réfutées par le gouvernement nigérian et de nombreux analystes, qui rappellent que les attaques jihadistes frappent indistinctement musulmans et chrétiens.
Dans ce paysage complexe, le renforcement de l’appui américain apparaît comme un pari sur la coopération à long terme, dans un pays clé pour la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.
Thom Biakpa




