La crise politique ougandaise a franchi un nouveau seuil de gravité. En fuite depuis plusieurs jours, l’opposant Bobi Wine accuse les forces de sécurité d’avoir violemment agressé son épouse lors d’une intervention nocturne à leur domicile.
Hospitalisée, elle serait aujourd’hui soignée pour des blessures physiques et un profond choc psychologique, dans un climat de répression post-électorale de plus en plus dénoncé par la communauté internationale.
Dans un message publié samedi sur le réseau social X, Bobi Wine décrit une scène de violence extrême. Selon lui, plusieurs centaines de soldats ont pris d’assaut sa résidence dans la nuit de vendredi à samedi. « Pour la plupart ivres », affirme-t-il, ils auraient pointé leurs armes sur son épouse avant de l’étrangler et de l’insulter.
Transportée d’urgence à l’hôpital, celle-ci demeure hospitalisée. Des images diffusées par l’opposant montrent une maison saccagée, renforçant l’accusation d’un raid mené avec une brutalité assumée.
Cette attaque présumée intervient alors que Bobi Wine se cache depuis le lendemain de l’élection présidentielle du 15 janvier. Le chanteur devenu homme politique conteste vigoureusement les résultats officiels qui accordent au président sortant Yoweri Museveni 71,65 % des suffrages, lui permettant d’entamer un septième mandat consécutif à la tête du pays. Bobi Wine, crédité de 24,72 % des voix, dénonce un scrutin « truqué » et une campagne marquée par l’intimidation et la violence.
Au sommet de l’État, les signaux envoyés par le pouvoir n’ont fait qu’accroître les inquiétudes. Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni et chef de l’armée, a brièvement publié un message appelant à la mort de l’opposant avant de le supprimer. Une menace qui s’inscrit dans un historique déjà lourd : lors de la présidentielle de 2021, Bobi Wine avait été arrêté, détenu et torturé, selon ses proches et ses avocats.
Face à cette escalade, ses soutiens tentent d’alerter au-delà des frontières ougandaises. L’un de ses avocats, Robert Amsterdam, a exhorté l’ONU et la communauté internationale à exiger des garanties immédiates pour la sécurité de son client. Il affirme que Bobi Wine n’est coupable que d’une chose : incarner une opposition pacifique à un régime qu’il qualifie de dictatorial.
Les autorités, de leur côté, dressent un tout autre tableau. Le chef de l’armée a reconnu la mort de 30 membres de l’opposition et l’arrestation d’environ 2 000 de leurs partisans depuis l’élection, tout en assurant que le pays serait désormais « en paix ». Il a également promis de ne plus publier de messages menaçants.
Ces déclarations peinent toutefois à apaiser les inquiétudes.
L’ONU et l’Union européenne ont exprimé leurs vives préoccupations face aux violences post-électorales et à la dégradation de la situation des droits humains. Après près de quatre décennies de pouvoir sans partage, le régime de Yoweri Museveni fait face à une contestation qui, loin de s’éteindre, semble désormais se jouer au prix de vies humaines et de familles brisées.
Thom Biakpa




