En République démocratique du Congo, l’avertissement du Fonds monétaire international sonne comme un rappel à l’ordre budgétaire. L’institution estime que la dynamique actuelle des dépenses publiques, tirée par une forte progression de la masse salariale dans l’administration, fait peser un risque sérieux sur la stabilité financière du pays.
Une masse salariale devenue envahissante
Au fil des mois, les dépenses de personnel ont pris une ampleur inédite. Elles représentent désormais plus de la moitié des recettes courantes de l’État, une proportion que les autorités elles-mêmes ont qualifiée de « critique ». Les projections pour 2025 et 2026 montrent déjà des dépassements par rapport aux prévisions initiales.
Cette évolution réduit considérablement les marges de manœuvre budgétaires. Les ressources absorbées par les salaires ne peuvent plus être orientées vers des investissements structurants comme les routes, l’énergie ou les infrastructures de base, pourtant essentiels à la croissance à long terme.
Des secteurs clés sous pression
Trois grands domaines concentrent l’essentiel de cette hausse.
L’Éducation et la Santé ont vu la régularisation de milliers d’agents, intégrés progressivement à la paie publique. Dans la Justice, l’augmentation des effectifs de magistrats s’est accompagnée d’une revalorisation salariale. Le secteur sécuritaire, lui aussi, contribue à l’alourdissement de la facture. La conséquence, c’est que le budget devient rigide. En cas de choc économique ou de crise humanitaire, l’État dispose de moins de souplesse pour redéployer rapidement ses ressources.
Réformes attendues, scepticisme persistant
Face à la situation, des mesures de contrôle biométrique ont été annoncées pour éliminer les agents fictifs et les doublons. Mais sur le terrain, les effets restent limités.
Se prononçant sur la question, le coordonnateur du Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), observe que la masse salariale a encore progressé de 11 % cette année. Selon lui, la fonction publique est devenue le principal débouché professionnel, alimentant une course au matricule et des promotions parfois désordonnées. Dans le même temps, les recettes publiques se contractent, accentuant le déséquilibre. La société civile pointe également le maintien d’institutions jugées obsolètes et coûteuses, ainsi que la création de nouvelles structures qui doublonnent avec celles déjà existantes.
Un risque macroéconomique
Pour le FMI, l’absence d’ajustements structurels pourrait entraîner un creusement du déficit dès 2026. Une telle dérive exposerait la monnaie nationale à des tensions accrues et pèserait sur le pouvoir d’achat des ménages.
Entre impératif social, c’est à dire, payer les agents publics et l’exigence de discipline budgétaire, le gouvernement congolais se trouve face à un choix délicat. Les prochains arbitrages détermineront si la trajectoire financière peut être redressée sans compromettre la stabilité économique du pays.
Thom Biakpa




