Réunis jeudi 5 février à Kigali à l’occasion de l’Umushyikirano, le Dialogue national rwandais, les responsables politiques, les représentants de la société civile et les citoyens ont assisté à un discours présidentiel marqué par une forte charge politique et diplomatique. À l’ouverture de ce forum biennal, le président Paul Kagame a longuement abordé la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, avec un accent particulier sur le conflit persistant à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Face aux accusations récurrentes visant le Rwanda, notamment celles de soutenir des groupes armés et de tirer profit des ressources minières congolaises, le chef de l’État a adopté un ton offensif. Il a rejeté toute implication de Kigali dans l’exploitation des minerais de la RDC, affirmant que si tel avait été le cas, le Rwanda afficherait aujourd’hui une richesse sans commune mesure avec sa réalité économique actuelle.
Paul Kagame a également dénoncé ce qu’il considère comme une lecture biaisée de la crise congolaise par la communauté internationale. Selon lui, les menaces de sanctions adressées au Rwanda détournent l’attention des causes profondes de l’instabilité régionale et contribuent à encourager l’inaction des autorités congolaises. Il estime que la pression exercée sur Kigali revient à traiter certains dirigeants comme des « enfants gâtés », exonérés de toute responsabilité dans la gestion de leurs propres crises.
Le président rwandais a directement mis en cause son homologue congolais, Félix Tshisekedi, qu’il accuse de multiplier les provocations verbales tout en bénéficiant, selon lui, d’une indulgence diplomatique internationale. Kagame soutient que cette posture empêche l’émergence de solutions durables aux différends entre les deux pays.
Sur le plan sécuritaire, le chef de l’État a de nouveau insisté sur la menace que représentent, selon Kigali, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé composé en partie d’anciens responsables du génocide de 1994. Il déplore que cette question soit reléguée au second plan au profit des accusations concernant une éventuelle présence militaire rwandaise sur le sol congolais. À l’en croire, quelle que soit la réponse donnée à cette question, le Rwanda se retrouve systématiquement désigné comme le principal responsable des troubles en RDC.
À travers cette intervention, Paul Kagame a réaffirmé la position de fermeté de son pays face aux pressions extérieures et appelé à une approche qu’il juge plus équilibrée de la crise régionale, axée sur la responsabilité partagée et la recherche de solutions structurelles plutôt que sur la menace de sanctions.
Thom Biakpa




