Dans l’ouest du Soudan, la faim ne se contente plus de menacer : elle progresse. Selon des experts mandatés par l’ONU, le risque de famine s’intensifie et gagne de nouvelles zones du Darfour, où l’arrivée massive de populations déplacées fait vaciller des équilibres déjà extrêmement fragiles.
La chute d’El-Facher, capitale stratégique du Darfour-Nord, a agi comme un accélérateur de la crise. Depuis la prise de la ville par les Forces de soutien rapide (FSR) fin octobre, des dizaines de milliers de civils ont fui les combats pour se réfugier dans des régions frontalières du Tchad, où les ressources sont rares et les services de base quasi inexistants.
Des indicateurs nutritionnels alarmants
Les dernières évaluations du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) dressent un constat inquiétant. Dans les localités d’Oum Barou et de Kernoi, les seuils internationaux de malnutrition aiguë ont été dépassés. À Oum Barou, près d’un enfant sur cinq âgé de six mois à cinq ans souffre de malnutrition aiguë sévère. À Kernoi, la situation est à peine moins critique, avec un taux de 7,8 %, jugé tout aussi alarmant par les spécialistes.
Ces chiffres placent les deux zones au bord d’une situation de famine, un seuil qui, une fois franchi, signifie une mortalité élevée et une urgence humanitaire extrême.
Des déplacements massifs et violents
Derrière ces statistiques se cache une réalité humaine brutale. L’offensive des FSR sur El-Facher s’est accompagnée d’exactions et de violences sexuelles, forçant plus de 127.000 personnes à prendre la route de l’exil en quelques semaines, selon les Nations unies. Beaucoup arrivent épuisées, sans ressources, dans des communautés incapables d’absorber un tel afflux.
« Les capacités des communautés locales sont dépassées », avertissent les experts de l’IPC. L’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé, déjà limité avant ces déplacements, est désormais gravement compromis.
Une crise humanitaire sans précédent
Le Soudan s’enfonce dans la guerre depuis avril 2023, date du déclenchement du conflit entre l’armée régulière et les paramilitaires des FSR. En près de trois ans, les combats ont fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement d’environ 11 millions de personnes. Pour l’ONU, il s’agit aujourd’hui de « la pire crise humanitaire au monde ».
La situation alimentaire reflète l’ampleur du désastre : plus de 21 millions de Soudanais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, et près des deux tiers de la population dépendent désormais d’une aide humanitaire vitale.
L’aide au bord de la rupture
Mais cette aide elle-même est menacée. Les Nations unies alertent sur un risque imminent d’épuisement des stocks alimentaires dès la fin du mois de mars, en raison du manque de financements et des difficultés d’accès aux zones touchées par les combats. Sans un sursaut rapide de la communauté internationale, la famine pourrait s’étendre à grande échelle dans les semaines à venir.
Dans l’ouest du Soudan, le temps joue contre les civils. Et chaque jour sans aide rapproche un peu plus certaines régions d’un point de non-retour.
Thom Biakpa




