Au sud du Soudan, là où la faim et la peur rythment déjà le quotidien, les hôpitaux ne sont plus des refuges. En l’espace de quelques jours, le Kordofan-Sud a vu trois de ses structures de santé frappées par des attaques meurtrières, faisant plus de trente morts. Une nouvelle étape dans l’effondrement du système sanitaire soudanais, dénoncée avec force par l’Organisation mondiale de la santé.
La première attaque est survenue le 3 février. Un centre de santé est touché : huit personnes périssent, parmi lesquelles cinq enfants et trois femmes. Onze autres sont blessées. Le lendemain, c’est un hôpital qui est visé, causant un décès supplémentaire. Puis, le 5 février, une frappe d’une violence extrême s’abat sur un autre établissement hospitalier : 22 morts, dont quatre membres du personnel soignant, et huit blessés. En une semaine, des lieux censés sauver des vies deviennent des cibles.
Face à cette série noire, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tiré la sonnette d’alarme. Sur le réseau social X, il a dénoncé une nouvelle escalade de violences contre le système de santé soudanais, rappelant que le Kordofan-Sud est déjà ravagé par la malnutrition aiguë et le manque d’accès aux soins.
Depuis plusieurs mois, la région du Kordofan s’est imposée comme un champ de bataille central dans la guerre qui déchire le Soudan depuis avril 2023. Les combats opposent l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), un conflit sans ligne de front stable, qui expose directement les civils. Les conséquences humanitaires sont lourdes : selon l’ONU, près de 88 000 personnes ont fui la région entre octobre et janvier, souvent sans ressources ni protection.
Même l’aide humanitaire n’est plus épargnée.
Dans le Kordofan-Nord, un convoi du Programme alimentaire mondial a récemment été touché par une attaque de drone, faisant un mort et plusieurs blessés. Un symbole de plus de l’insécurité généralisée qui entrave l’assistance aux populations.
À l’échelle nationale, le bilan est vertigineux. La guerre a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes et forcé environ 11 millions de Soudanais à quitter leur foyer. Les Nations unies parlent désormais de la pire crise humanitaire au monde. Les hôpitaux, quand ils tiennent encore debout, manquent de médicaments, de personnel et d’électricité, tout en étant régulièrement pris pour cible.
Dans ce contexte, Tedros Adhanom Ghebreyesus appelle à une mobilisation internationale accrue pour soutenir les efforts de paix. « Mettre fin à la violence est indispensable pour protéger les civils et reconstruire le système de santé », a-t-il rappelé, martelant un message simple face au chaos : au Soudan, le seul véritable remède reste la paix.
Thom Biakpa




