Réunis à Freetown du 24 au 27 février 2027, les chefs militaires de la CEDEAO ont franchi une étape décisive vers la création d’une force d’intervention régionale. L’organisation ouest-africaine ambitionne de déployer 2 000 soldats d’ici fin 2026, afin de contenir la progression des groupes djihadistes vers les pays côtiers du golfe de Guinée.
Placée sous l’autorité du président sierra-léonais Julius Maada Bio, également président en exercice de l’organisation, la rencontre a permis de finaliser un plan d’action militaire resté longtemps au stade des intentions. Cette fois, les responsables assurent vouloir passer à l’opérationnel.
Une menace qui glisse du Sahel vers les côtes
Longtemps concentrées dans la bande sahélienne, les violences affiliées à l’État islamique et à Al-Qaida gagnent désormais les zones frontalières et les pays du golfe de Guinée. Entre 2024 et 2025, les attaques ont bondi d’environ 80 % dans plusieurs États de la région, faisant plus de 1 000 morts. À l’échelle continentale, le Global Terrorism Index estime à plus de 22 000 le nombre de victimes du terrorisme en 2025.
Cette extension géographique inquiète particulièrement les États côtiers, dont les économies dépendent fortement des ports, des corridors commerciaux et de la stabilité des zones frontalières. Pour la CEDEAO, l’enjeu n’est plus seulement sécuritaire : il est aussi économique et politique.
Coordination avec l’Alliance des États du Sahel (AES)
Les discussions de Freetown ont également mis en avant la nécessité d’un dialogue renforcé avec l’Alliance des États du Sahel, créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Bien que les dynamiques politiques régionales aient évolué ces dernières années, les responsables militaires ont reconnu qu’aucune stratégie ne saurait être efficace sans coordination transfrontalière.
La menace, elle, ne connaît ni frontières ni blocs institutionnels.
L’équation financière
Si l’ambition militaire est affichée, sa concrétisation dépend largement des moyens disponibles. Les États membres se sont engagés à autofinancer leurs contingents respectifs, mais tous reconnaissent que l’appui extérieur sera indispensable pour la logistique, le transport stratégique, l’équipement spécialisé et le renseignement. Le maintien d’une force régionale permanente représente un coût considérable. Il implique le déploiement rapide, les chaînes d’approvisionnement sécurisées, la communication interarmées et la coordination politique continue. Dans un contexte économique fragile pour plusieurs pays ouest-africains, la mobilisation de ressources internationales apparaît inévitable.
Une feuille de route progressive
La stratégie adoptée repose sur une montée en puissance graduelle. Chaque État doit désormais préciser le nombre de soldats qu’il mettra à disposition. L’objectif est clair : rendre opérationnel un premier contingent de 2 000 hommes avant fin 2026.
Au-delà du chiffre, c’est un test majeur pour la crédibilité sécuritaire de la CEDEAO. Face à une menace en mutation rapide, l’organisation joue une part essentielle de son rôle régional: celui de démontrer sa capacité à agir collectivement pour préserver la stabilité de l’Afrique de l’Ouest.
Thom Biakpa




