Au Togo, la grâce présidentielle accordée à la fin de l’année 2025 n’a pas mis fin aux critiques de l’opposition et de la société civile. Lundi à Lomé, plusieurs partis politiques et organisations citoyennes ont dénoncé le maintien en détention d’environ 70 personnes qu’ils considèrent comme des prisonniers politiques, estimant qu’elles auraient dû bénéficier de la mesure de clémence annoncée par les autorités.
Le 31 décembre, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, avait signé une grâce portant sur près de 1 500 détenus. Selon l’opposition et certaines organisations de la société civile, 75 prisonniers qualifiés de politiques figuraient parmi les bénéficiaires. Toutefois, ces acteurs estiment que cette mesure reste incomplète et discriminatoire.
« De nombreux Togolais continuent de croupir en prison dans des conditions difficiles », ont affirmé des responsables du front « Touche pas à ma Constitution » et de la « Dynamique pour la majorité du peuple » (DMP), deux regroupements influents de l’opposition. Ils appellent à la libération immédiate de ceux qu’ils considèrent comme détenus pour des raisons liées à l’expression de leurs opinions ou à leur participation à des manifestations.
Cette revendication s’inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques. En juin et juillet derniers, Lomé a été le théâtre de manifestations hostiles au pouvoir, durement réprimées selon la société civile, qui affirme que sept personnes ont perdu la vie lors de ces événements. Plusieurs arrestations avaient alors été opérées, alimentant le débat sur l’existence de détenus politiques dans le pays.
Pour Nathaniel Olympio, porte-parole du front « Touche pas à ma Constitution », la situation est injustifiable. Il déplore une libération partielle qui, selon lui, crée une inégalité entre détenus poursuivis pour des faits similaires. « Il n’y a aucune raison valable pour que certains soient relâchés et que d’autres restent derrière les barreaux », a-t-il déclaré.
De son côté, le gouvernement continue de rejeter la notion même de détenus politiques, affirmant que toutes les personnes incarcérées l’ont été pour des infractions prévues par la loi. Les autorités avaient par ailleurs, précisé que la grâce de fin d’année visait en priorité des détenus en fin de peine, des personnes âgées, gravement malades ou condamnées pour des délits mineurs.
Parmi les personnes libérées, figure notamment Steeve Rouyar, un ressortissant français arrêté en juin à Lomé en marge d’une manifestation et poursuivi pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Sa libération a été saluée par l’opposition, sans pour autant apaiser les revendications plus larges sur la situation des autres détenus.
Alors que le dialogue politique reste fragile, la question des prisonniers qualifiés de politiques continue de cristalliser les désaccords entre le pouvoir et ses détracteurs, révélant des fractures persistantes dans la vie politique togolaise.
Thom Biakpa




