L’année 2025 marque un tournant majeur dans la gestion migratoire en Tunisie. Près de 9.000 migrants ont quitté le pays dans le cadre du programme de « retour volontaire » de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), un niveau jamais atteint jusque-là.
Derrière ce chiffre, l’organisation internationale décrit une situation de plus en plus tendue, marquée par une pression politique croissante et une précarité accrue des migrants.
Selon les données publiées par l’OIM, 8.853 personnes, principalement originaires d’Afrique subsaharienne, ont été rapatriées vers leurs pays d’origine depuis le début de l’année. Cela représente une augmentation de 28 % par rapport à 2024, signe d’une accélération notable du recours à ce dispositif, largement soutenu financièrement par des pays européens.
Des retours dans un contexte de contrainte
Si l’OIM qualifie ces départs de « volontaires », l’environnement dans lequel ils s’inscrivent suscite de nombreuses interrogations. Depuis 2023, la politique migratoire tunisienne s’est durcie, à la suite de déclarations du président Kais Saied dénonçant l’arrivée massive de migrants subsahariens. Ces propos avaient déclenché une vague de mesures sécuritaires et administratives, entraînant la perte d’emplois et de logements pour des milliers de personnes.
En 2025, cette dynamique s’est intensifiée. Les autorités tunisiennes ont entrepris le démantèlement de camps informels, notamment dans la région de Sfax, où s’étaient installés jusqu’à 20.000 migrants dans des oliveraies. Parallèlement, les contrôles visant à empêcher les traversées maritimes vers l’Italie ont été renforcés, avec l’appui financier de l’Union européenne.
Des migrants de plus en plus fragilisés
L’OIM observe également une évolution préoccupante du profil des personnes concernées par les retours. De plus en plus de bénéficiaires présentent des vulnérabilités graves : enfants non accompagnés, personnes séparées de leur famille, victimes de traite humaine. L’organisation précise que certains demandeurs d’asile et réfugiés ont été réinstallés dans des pays tiers, mais ils restent minoritaires face au volume global des rapatriements.
Chaque retour est accompagné d’un dispositif logistique et financier, comprenant l’organisation du voyage par vols commerciaux ou charters, ainsi qu’un soutien individualisé à la réintégration. Au total, 27 pays de destination ont été concernés, en coordination avec les autorités tunisiennes et les États d’origine.
La Tunisie au cœur des enjeux euro-méditerranéens
Située à moins de 150 kilomètres des côtes italiennes, la Tunisie demeure un point stratégique sur la route migratoire de la Méditerranée centrale. Depuis plusieurs années, l’Union européenne cherche à freiner les départs irréguliers en renforçant sa coopération avec Tunis, notamment à travers le financement de programmes sécuritaires et de retours.
Fin mars 2025, le président Saied avait publiquement appelé à une accélération des rapatriements, jugeant insuffisant le nombre de migrants retournés au cours du premier trimestre. Quelques semaines plus tard, les chiffres de l’OIM témoignent d’un changement d’échelle.
Derrière le record annoncé, ces retours illustrent surtout une réalité complexe : celle de migrants pris entre la fermeture progressive des routes vers l’Europe et un climat de plus en plus hostile dans le pays de transit, où le « volontariat » des départs s’inscrit dans un contexte de contraintes multiples.
Thom Biakpa




