En Tunisie, la justice a condamné jeudi 19 février le député Ahmed Saïdani à huit mois de prison pour des propos publiés sur les réseaux sociaux visant le chef de l’État, Kaïs Saïed.
L’élu avait été interpellé le 4 février, quelques jours après la diffusion d’un message sarcastique dans lequel il qualifiait le président de « Commandant suprême de l’assainissement et de l’évacuation des eaux pluviales ». Cette formule faisait référence aux déplacements du chef de l’État dans des zones touchées par de fortes pluies. Dans la même publication, il ironisait sur un président qui « oublie parfois qu’il est président », l’accusant de passer ses journées « à réfléchir entre les tuyaux et les lanternes ».
Une condamnation fondée sur le code des télécommunications
La chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis a retenu des poursuites engagées sur la base de l’article 86 du code des télécommunications. Ce texte prévoit des peines allant d’un à deux ans d’emprisonnement pour toute personne reconnue coupable d’avoir nui intentionnellement à autrui ou troublé sa quiétude via les réseaux publics.
Selon son avocat, Houssem Eddine Ben Attia, les faits reprochés à son client relèvent de la liberté d’expression et ne justifiaient pas une détention. La défense n’a pas encore précisé si elle fera appel de la décision.
Un ancien allié devenu critique
Le cas d’Ahmed Saïdani surprend d’autant plus qu’il avait soutenu le tournant politique initié par Kaïs Saïed à l’été 2021. À l’époque, le président avait limogé le Premier ministre et suspendu le Parlement, avant d’engager une refonte institutionnelle aboutissant à l’élection d’une nouvelle assemblée aux prérogatives réduites. Saïdani avait publiquement approuvé ces mesures ainsi que les poursuites visant plusieurs figures de l’opposition.
Depuis 2021, de nombreuses organisations tunisiennes et internationales de défense des droits humains dénoncent toutefois un recul des libertés publiques dans le pays, estimant que les poursuites engagées contre des opposants, journalistes ou élus traduisent un climat de restriction croissante de la liberté d’expression.
La condamnation du député s’inscrit dans ce contexte politique tendu, où la frontière entre critique politique et infraction pénale demeure vivement débattue.
Thom Biakpa




