Face à la montée des tensions visant les étrangers en Afrique du Sud, le Ghana a décidé de rapatrier une partie de ses citoyens installés dans le pays. Les autorités ghanéennes ont annoncé l’évacuation de 300 ressortissants, une mesure présentée comme urgente après plusieurs incidents signalés ces dernières semaines dans différentes villes sud-africaines.
L’annonce a été faite mardi 12 mai par le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Dans une publication diffusée sur le réseau X, il a expliqué que cette opération avait été approuvée par le président John Dramani Mahama, afin d’assurer la sécurité des Ghanéens vivant en Afrique du Sud. Les personnes concernées se seraient enregistrées auprès de la Haute commission du Ghana à Pretoria après avoir fait état d’actes d’intimidation, de menaces et d’agressions liés à la recrudescence des mouvements hostiles aux migrants.
Depuis plusieurs semaines, des manifestations dénonçant la présence d’étrangers se multiplient dans certaines régions sud-africaines. Des groupes de protestataires accusent notamment les immigrés de contribuer à la hausse du chômage et de l’insécurité, dans un pays déjà confronté à une grave crise économique et sociale. Plusieurs ressortissants africains auraient ainsi été pris pour cible lors de rassemblements anti-immigration.
Accra avait déjà exprimé son inquiétude à la fin du mois d’avril en convoquant le haut-commissaire sud-africain au Ghana, Thando Dalamba. Les autorités ghanéennes avaient alors dénoncé plusieurs cas de harcèlement impliquant leurs citoyens. Parmi les incidents évoqués figure celui d’un Ghanéen vivant légalement en Afrique du Sud, interpellé lors d’une manifestation à Durban et contraint de justifier son statut migratoire avant d’être sommé de quitter les lieux.
De son côté, Pretoria réfute les accusations de xénophobie. Le porte-parole de la présidence sud-africaine, Vincent Magwenya, a assuré que les mouvements observés relevaient avant tout de protestations sociales autorisées par la Constitution. Selon lui, les difficultés économiques et la mauvaise gouvernance dans certains pays africains favorisent les flux migratoires vers l’Afrique du Sud, alimentant ainsi les tensions internes.
Considérée comme la première économie industrialisée du continent africain, l’Afrique du Sud accueille plus de trois millions d’étrangers. Mais le chômage massif, qui touche plus de 30 % de la population, nourrit régulièrement un climat de défiance envers les migrants. Le pays a déjà été marqué par plusieurs vagues de violences xénophobes au cours des quinze dernières années, notamment en 2008, 2015, 2016 et 2019, causant de nombreux morts, blessés et déplacements de populations.
Thom Biakpa




