Le paysage politique sénégalais connaît une nouvelle phase de recomposition. À quelques jours de la création officielle de la formation politique du président Bassirou Diomaye Faye, plusieurs responsables du parti Pastef ont annoncé leur départ, marquant ainsi une évolution majeure au sein de la majorité issue de l’alternance.
Ces défections interviennent dans un contexte de rupture désormais assumée entre le chef de l’État et son ancien allié politique, Ousmane Sonko, qui dirige aujourd’hui l’Assemblée nationale après avoir quitté la Primature en mai dernier.
Parmi les personnalités ayant choisi de quitter le Pastef figure le docteur El Hadji Mansour Diop, directeur général de l’hôpital Aristide Le Dantec. Dans une lettre ouverte, il justifie sa décision en dénonçant ce qu’il considère comme une gouvernance dominée par un cercle restreint autour d’Ousmane Sonko, évoquant une gestion qu’il juge peu inclusive.
Le mouvement touche également la Jeunesse patriote sénégalaise, structure de jeunesse du Pastef.
Plusieurs de ses responsables ont annoncé leur retrait, notamment Bakary Bass Sakho ainsi qu’Ousmane Sonko Jr, qui occupait jusqu’à présent les fonctions de vice-coordonnateur national. Leur départ illustre les fractures qui traversent désormais les rangs de la formation politique.
D’autres cadres semblent également prendre leurs distances avec le parti, sans toutefois franchir le pas de la démission. C’est notamment le cas de Lansana Gagny Sakho, président du conseil d’administration de l’Apix, l’agence chargée de la promotion des investissements. Toujours membre du Pastef, il a néanmoins affiché publiquement son soutien au président Bassirou Diomaye Faye, alimentant les spéculations sur un éventuel repositionnement politique.
Cette série de départs intervient alors que le président sénégalais accélère la mise en place de sa propre organisation politique. Une assemblée générale constitutive est prévue le 25 juillet au King Fahd Palace de Dakar. À cette occasion, Bassirou Diomaye Faye devrait officiellement prendre la tête de cette nouvelle formation et en révéler la dénomination, une étape considérée comme déterminante dans la restructuration de la majorité présidentielle.
Face à ces départs, les dirigeants du Pastef affichent une posture sereine. Le parti relativise l’impact de ces démissions et affirme poursuivre son travail d’implantation sur l’ensemble du territoire. Une vaste campagne d’adhésion est actuellement menée avec l’objectif revendiqué d’atteindre le seuil d’un million de militants.
Ces développements prolongent une crise politique amorcée il y a plusieurs mois entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Le 22 mai dernier, ce dernier avait été démis de ses fonctions de Premier ministre. Quelques jours plus tard, le 26 mai, il retrouvait rapidement un rôle institutionnel majeur en étant élu président de l’Assemblée nationale, où le Pastef conserve une confortable majorité.
L’évolution des rapports de force au sein de la majorité sera suivie de près dans les prochains jours, alors que la naissance du nouveau parti présidentiel pourrait redessiner durablement les équilibres politiques au Sénégal.
Thom Biakpa




