lundi, août 10, 2026
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Burkina Faso : Le gasoil augmente de 75 francs CFA, le gouvernement veut freiner le « tourisme à la pompe »

Le Burkina Faso tourne une nouvelle page de sa politique de prix des hydrocarbures. Depuis ce lundi 10 août, le litre de gasoil est vendu à 750 francs CFA, contre 675 francs CFA auparavant, soit une hausse de 75 francs CFA.

Il s’agit du premier réajustement du prix du gasoil intervenu dans le pays depuis quatre ans. La décision, annoncée dimanche soir sur les antennes de la Radiodiffusion-Télévision du Burkina (RTB), intervient dans un contexte de forte pression sur les finances publiques et sur les stocks de carburant.

Une facture de subvention devenue trop lourde

Depuis le début de l’année, l’État burkinabè a consacré près de 60 milliards de francs CFA, soit un peu plus de 90 millions d’euros, au soutien des prix à la pompe.

Cette politique visait à contenir les effets des fluctuations du cours du pétrole sur le marché international et à éviter une hausse du prix du gasoil pour les consommateurs.

Mais face à l’augmentation de la consommation, le gouvernement estime ne plus pouvoir maintenir durablement ce niveau de subvention.

Selon Abdoul Salam Gampené, président du Comité interministériel de fixation des prix des hydrocarbures, une partie de cette pression serait liée aux véhicules provenant des pays voisins.

Des transporteurs étrangers attirés par les prix burkinabè

Le Burkina Faso affichait jusqu’ici un prix du gasoil inférieur à celui pratiqué dans plusieurs pays de la sous-région. Une différence qui aurait encouragé des transporteurs étrangers à venir s’approvisionner sur le territoire burkinabè.

Le phénomène aurait entraîné une hausse importante de la consommation nationale.

« La quasi-totalité des pays de la sous-région ont des prix supérieurs à 675 », a expliqué Abdoul Salam Gampené, soulignant que les transporteurs concernés préfèrent faire le plein au Burkina Faso.

Les chiffres avancés par le responsable illustrent l’ampleur du phénomène. La consommation de gasoil avait déjà dépassé 365 millions de litres en juin. Si la tendance actuelle se poursuit, elle pourrait atteindre 730 millions de litres d’ici à la fin de l’année.

Pour les autorités, le réajustement du prix vise donc également à limiter cette consommation jugée excessive et à préserver les ressources disponibles pour le marché intérieur.

Pas de hausse automatique des marchandises

L’augmentation du prix du gasoil pourrait toutefois avoir des conséquences sur les coûts de transport et, par ricochet, sur les prix des produits de consommation. Le gouvernement entend précisément éviter ce scénario.

Les autorités ont ainsi demandé aux opérateurs économiques de ne pas profiter de cette hausse de 75 francs CFA pour procéder à des augmentations unilatérales des prix.

« Il est conseillé de ne pas procéder à une augmentation des prix de quelque manière », a déclaré Abdoul Salam Gampené, avertissant que toute tentative d’augmentation injustifiée ferait l’objet de contrôles.

Le message gouvernemental est donc clair : le réajustement du prix du carburant ne doit pas automatiquement se traduire par une flambée des prix des marchandises.

Préserver les stocks pour éviter une crise d’approvisionnement

Au-delà de la question du prix à la pompe, les autorités burkinabè mettent en avant un autre enjeu : la sécurité de l’approvisionnement national. Pour Patrice Forogo, directeur général de la société nationale burkinabè d’hydrocarbures, l’évolution actuelle de la consommation exerce une pression croissante sur les stocks. Sans mesures correctives, cette situation pourrait fragiliser les réserves disponibles et, à terme, compromettre l’approvisionnement du pays.

La hausse du gasoil apparaît ainsi comme une mesure destinée à contenir simultanément plusieurs difficultés : le coût des subventions publiques, l’augmentation de la consommation et la pression exercée sur les stocks.

Après quatre années de stabilité, le prix du litre de gasoil passe donc à 750 francs CFA. Pour le gouvernement, ce réajustement doit permettre de rétablir un meilleur équilibre entre le soutien aux consommateurs, la maîtrise des dépenses publiques et la nécessité de garantir l’accès au carburant sur le marché national.

Thom Biakpa

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