lundi, août 10, 2026
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Sénégal : Ousmane Sonko prédit une cuisante défaite au camp de Bassirou Diomaye Faye aux prochaines élections

La rivalité politique entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye prend une nouvelle dimension. Désormais engagés dans deux trajectoires politiques distinctes, les deux hommes pourraient être appelés à s’affronter indirectement dans les prochaines échéances électorales. Et le leader de Pastef affiche une confiance sans réserve dans les capacités de son parti à s’imposer dans les urnes.

Lors d’un meeting organisé samedi 8 août à Linguère, dans le nord-est du Sénégal, Ousmane Sonko a adressé un avertissement clair au chef de l’État. Selon lui, le rapport de forces électoral resterait largement favorable à son camp, quelle que soit l’option retenue par la présidence.

Sonko mise sur une victoire de Pastef dans tous les scénarios

Devant ses militants, le président de l’Assemblée nationale n’a pas laissé de place au doute. Si des élections locales étaient organisées, Pastef serait, selon lui, en mesure de battre le camp présidentiel. Une éventuelle dissolution de l’Assemblée nationale ne changerait pas davantage la donne, bien au contraire.

Sonko s’est montré particulièrement offensif sur cette seconde hypothèse. Il estime qu’un retour anticipé aux urnes pourrait se révéler encore plus défavorable au pouvoir. Pour lui, une telle consultation serait même le scénario privilégié par son parti, avec la perspective d’une victoire particulièrement nette sur les forces proches du président.

Cette offensive intervient dans un contexte d’incertitude autour du calendrier électoral. Le décret devant fixer la date des prochaines élections locales n’a toujours pas été signé. Djibril Gningue, du Groupe de recherche et d’appui-conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance, estime que le chef de l’État ne disposerait plus que du mois d’août pour prendre cette décision sans dépasser les délais imposés par le Code électoral.

De l’alliance à l’affrontement

Les déclarations d’Ousmane Sonko interviennent quelques mois seulement après la rupture politique avec Bassirou Diomaye Faye. Les deux hommes avaient pourtant incarné ensemble le changement politique de 2024, Sonko occupant le poste de Premier ministre tandis que Faye accédait à la présidence de la République.

Le divorce s’est officiellement consommé le 22 mai avec le départ de Sonko de la Primature. Cette rupture a rapidement eu des conséquences sur l’équilibre institutionnel. Le président a perdu sa majorité parlementaire, tandis que quelques jours plus tard, Ousmane Sonko était porté à la présidence de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165.

Désormais, les deux responsables cherchent chacun à consolider leur propre espace politique. Le chef de l’État a franchi une nouvelle étape le 25 juillet en annonçant la création de son mouvement, Kiiraay – Les Patriotes Républicains. Cette initiative traduit la volonté de Bassirou Diomaye Faye de disposer d’une structure politique propre et de ne plus être perçu comme le simple prolongement de son ancien Premier ministre.

La dissolution reste impossible avant novembre

Si l’hypothèse d’élections législatives anticipées alimente déjà les débats, elle demeure toutefois juridiquement verrouillée à court terme.

L’article 87 de la Constitution sénégalaise interdit en effet au président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale pendant les deux premières années suivant son installation. La 15e législature ayant commencé son mandat le 2 décembre 2024, après les législatives anticipées de novembre de la même année, une dissolution ne pourrait donc intervenir qu’à partir de novembre 2026.

Cette échéance n’empêche pas certains responsables politiques de réclamer dès maintenant une nouvelle consultation électorale. L’ancien maire de Thiès, Talla Sylla, a notamment adressé une lettre ouverte au président pour lui demander de dissoudre l’Assemblée dès décembre 2026, soit au moment où s’ouvrira la première fenêtre constitutionnelle permettant une telle décision.

Il préconise parallèlement l’organisation de larges concertations réunissant les formations politiques, la société civile ainsi que les autorités religieuses.

Une bataille politique déjà engagée

À travers ses déclarations de Linguère, Ousmane Sonko cherche surtout à afficher la solidité de son camp au moment où le paysage politique sénégalais connaît une profonde recomposition. Pour le leader de Pastef, ni des élections locales ni un éventuel scrutin législatif anticipé ne permettraient au pouvoir de reprendre durablement l’avantage.

Son message est donc double à savoir, rassurer ses troupes sur la force électorale de Pastef et mettre la pression sur le président Bassirou Diomaye Faye.

Alors que les deux anciens alliés s’installent progressivement dans des camps politiques distincts, les prochaines échéances électorales pourraient ainsi constituer un véritable test de popularité et de rapport de forces entre leurs deux projets. Et à en croire Ousmane Sonko, quel que soit le choix effectué par le chef de l’État, l’issue serait déjà favorable à son propre camp.

Thom Biakpa

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