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mercredi, juin 24, 2026
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Afrique : le yuan peut-il concurrencer le dollar ?

Le yuan gagne progressivement du terrain en Afrique. Les entreprises l’utilisent davantage pour régler leurs échanges avec la Chine. Certaines banques africaines développent des services dans la monnaie chinoise. Des États commencent aussi à restructurer une partie de leurs dettes en renminbi.

Cette progression accompagne le renforcement des relations économiques entre la Chine et le continent.

Depuis le 1er mai 2026, Pékin applique un traitement douanier préférentiel à l’ensemble des 53 pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques. La mesure couvre la totalité des lignes tarifaires.

Dans le même temps, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont augmenté de près de 18 % en 2025. Ils ont atteint un niveau record.

Plus les flux commerciaux augmentent, plus les entreprises africaines ont besoin de solutions permettant de payer directement leurs fournisseurs chinois. Le yuan devient donc une option de plus en plus crédible.

Mais cette évolution signifie-t-elle que la monnaie chinoise est en mesure de concurrencer le dollar en Afrique ?

Le commerce accélère l’utilisation du yuan

La Chine est devenue le premier partenaire commercial de nombreux pays africains. Elle exporte vers le continent des machines, des équipements électroniques, des véhicules, des produits pharmaceutiques et des biens de consommation.

En sens inverse, elle importe du pétrole, du cuivre, du cobalt, du minerai de fer, du cacao, du café et plusieurs produits agricoles.

Pendant longtemps, une grande partie de ces transactions était réglée en dollars. Une entreprise africaine devait convertir sa monnaie locale en dollars avant de payer son fournisseur chinois. Ce dernier pouvait ensuite convertir les fonds reçus en yuans.

Ce mécanisme implique plusieurs opérations de change. Il génère des frais supplémentaires. Il expose aussi les entreprises aux fluctuations de plusieurs monnaies.

Le paiement direct en yuan permet de réduire le nombre d’intermédiaires. Il peut raccourcir les délais de règlement et limiter certains coûts de conversion.

Cette solution devient particulièrement intéressante dans les pays confrontés à une pénurie de dollars. Plusieurs économies africaines éprouvent régulièrement des difficultés à fournir suffisamment de devises aux importateurs.

Lorsqu’un fournisseur chinois accepte d’être payé en yuan, l’entreprise africaine peut contourner une partie de cette contrainte.

Les banques africaines s’adaptent

La progression du yuan ne repose plus uniquement sur des accords entre gouvernements. Elle commence à transformer les services proposés par les banques commerciales.

Standard Bank est devenue la première banque commerciale africaine à se connecter directement au Cross-Border Interbank Payment System. Cette infrastructure chinoise, connue sous le nom de CIPS, permet de traiter des paiements internationaux en renminbi.

La banque aurait traité environ 500 millions de dollars de transactions au cours des quatre premiers mois suivant son intégration au système.

Les opérations provenaient principalement du commerce entre la Chine et l’Afrique.

Standard Bank cherche désormais à étendre ces services à davantage de pays africains. D’autres banques proposent déjà des comptes, des lettres de crédit et des instruments de financement du commerce libellés en yuan.

Ecobank discute également avec Bank of China de la création d’une solution de règlement en monnaie chinoise. Celle-ci pourrait permettre à des entreprises présentes dans plusieurs pays africains de payer directement leurs partenaires chinois.

Ces initiatives montrent que le yuan ne se limite plus aux grands projets publics. Il commence à entrer dans les opérations courantes des entreprises.

Le Kenya convertit une partie de sa dette en yuan

Le développement de la monnaie chinoise concerne également le financement des États.

Le Kenya a converti en yuans trois prêts contractés auprès de China Eximbank pour financer son réseau ferroviaire. Ces emprunts étaient initialement libellés en dollars.

L’opération a été accompagnée d’un allongement des échéances et de périodes de grâce supplémentaires. Elle devrait réduire le service annuel de la dette kényane d’environ 215 millions de dollars.

Cette économie provient notamment de la différence entre les taux d’intérêt associés aux financements en dollars et ceux appliqués aux prêts en renminbi.

Le cas kényan intéresse déjà d’autres pays fortement endettés. L’Éthiopie, le Mozambique et la Zambie pourraient étudier des mécanismes similaires pour certains emprunts contractés auprès de créanciers chinois.

Pour Pékin, ces conversions présentent aussi un intérêt stratégique. Elles permettent d’accroître la place du yuan dans les prêts internationaux et de réduire l’utilisation du dollar dans ses relations financières.

La Zambie accepte le yuan pour certains impôts miniers

La Zambie est allée plus loin dans l’intégration de la monnaie chinoise.

Depuis la fin de l’année 2025, certaines entreprises minières chinoises présentes dans le pays peuvent payer leurs taxes et redevances en yuans.

La décision concerne un secteur stratégique. La Zambie est l’un des principaux producteurs africains de cuivre. Les entreprises chinoises y occupent une place importante.

En acceptant directement le yuan, la banque centrale zambienne obtient une monnaie qu’elle peut utiliser pour régler des importations chinoises ou honorer certains engagements financiers envers Pékin.

Le dispositif crée une forme de circuit monétaire entre les investissements chinois, la fiscalité minière, le commerce et le remboursement de la dette.

Il reste limité à certaines opérations. Mais il montre comment la présence économique chinoise peut progressivement favoriser l’usage de sa monnaie.

Les droits de douane peuvent renforcer le mouvement

La suppression des droits de douane chinois sur les produits provenant de 53 pays africains pourrait accélérer cette évolution.

Cette politique doit faciliter l’accès au marché chinois pour les producteurs africains. Elle concerne notamment les produits agricoles, les minerais, les biens transformés et plusieurs catégories de produits manufacturés.

Une hausse des exportations africaines vers la Chine créerait davantage de recettes en yuan. Les entreprises pourraient ensuite utiliser ces fonds pour payer des équipements ou des matières premières importés de Chine.

Ce mécanisme réduirait le besoin de convertir systématiquement les recettes commerciales en dollars.

Mais l’avantage douanier ne garantit pas une augmentation automatique des exportations africaines. Les entreprises doivent encore respecter les normes sanitaires chinoises, disposer de volumes suffisants et organiser une logistique compétitive.

La faiblesse de la transformation locale reste également un obstacle. L’Afrique continue d’exporter principalement des matières premières et d’importer des produits à plus forte valeur ajoutée.

En 2025, les exportations chinoises vers l’Afrique sont restées nettement supérieures à ses importations en provenance du continent.

Sans amélioration de la capacité productive africaine, l’augmentation du commerce pourrait donc renforcer l’utilisation du yuan tout en maintenant les déséquilibres existants.

Une véritable dédollarisation ?

La progression du yuan alimente les discussions sur la dédollarisation de l’Afrique.

Le terme doit cependant être utilisé avec prudence.

Le dollar demeure la principale monnaie du commerce international, de la dette extérieure et des réserves des banques centrales. Il reste dominant dans le financement des matières premières, les paiements internationaux et les marchés obligataires.

À la fin de 2025, le renminbi représentait moins de 3 % de la valeur des paiements mondiaux traités par le réseau SWIFT. Sa part dans les réserves officielles de change était inférieure à 2 %.

Le dollar représentait, à lui seul, près de 57 % des réserves de change mondiales.

L’écart reste donc considérable.

Même les banquiers africains qui développent les paiements en yuan ne prévoient pas un remplacement rapide du dollar. Ils présentent plutôt la monnaie chinoise comme un instrument complémentaire.

L’Afrique ne passe pas d’un système dominé par le dollar à un système dominé par le yuan. Elle commence à évoluer vers un environnement plus diversifié.

Quels avantages pour les pays africains ?

L’utilisation du yuan peut offrir plusieurs bénéfices.

Elle permet d’abord de réduire la dépendance à une seule monnaie. Une entreprise qui achète principalement ses marchandises en Chine n’a pas toujours intérêt à passer par le dollar.

Le yuan peut aussi donner accès à des financements moins coûteux. Dans certains cas, les taux chinois sont inférieurs aux taux appliqués aux emprunts en dollars.

La diversification peut également réduire la vulnérabilité aux décisions de la Réserve fédérale américaine. Une hausse des taux aux États-Unis renchérit le service des dettes libellées en dollars et exerce souvent une pression sur les monnaies africaines.

Enfin, les paiements directs en yuan peuvent faciliter le commerce pour les petites et moyennes entreprises. Celles-ci sont particulièrement touchées par les pénuries de devises et les coûts élevés des transactions bancaires.

Des risques à ne pas sous-estimer

Le passage au yuan ne supprime pas le risque de change. Il le déplace.

Un pays africain qui convertit une dette en renminbi reste exposé à une dépréciation de sa monnaie nationale face au yuan. Les économies réalisées sur les intérêts peuvent être réduites si la monnaie chinoise s’apprécie fortement.

La disponibilité du yuan constitue un autre enjeu. Les banques africaines doivent disposer de suffisamment de liquidités pour répondre aux besoins des importateurs et des États.

La monnaie chinoise reste aussi moins librement convertible que le dollar. Pékin maintient un contrôle important sur les mouvements de capitaux et sur son système financier.

Enfin, la diversification monétaire ne doit pas créer une nouvelle dépendance. Remplacer une exposition excessive au dollar par une dépendance au yuan ne renforcerait pas nécessairement la souveraineté financière africaine.

Les États devront préserver leur capacité à comparer les offres, à négocier les conditions de financement et à répartir leurs risques entre plusieurs monnaies.

Une recomposition plus qu’un remplacement

Le yuan gagne incontestablement du terrain en Afrique. Cette progression est soutenue par le commerce, les investissements chinois, les nouveaux systèmes de paiement et la restructuration de certaines dettes.

Mais la monnaie chinoise reste loin de pouvoir détrôner le dollar.

Son développement répond surtout à une logique pratique. Les pays et les entreprises utilisent davantage la monnaie du partenaire avec lequel ils commercent.

La véritable transformation pourrait donc être la montée d’un système multimonétaire. Le dollar conserverait une place dominante. Le yuan serait davantage utilisé dans les échanges avec la Chine. L’euro, les monnaies africaines et les plateformes régionales continueraient également à jouer leur rôle.

Pour les pays africains, la question n’est pas de choisir entre Washington et Pékin. Elle est de construire une architecture financière qui réduise les coûts, diversifie les risques et serve davantage leurs propres intérêts.

Le yuan peut contribuer à cette évolution. Mais la souveraineté monétaire dépendra surtout de la capacité du continent à produire davantage, à transformer ses matières premières et à renforcer ses propres systèmes de paiement.

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