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mercredi, juin 10, 2026
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BAD : à Brazzaville, Sidi Ould Tah veut transformer l’épargne africaine en puissance financière

À Brazzaville, la Banque africaine de développement ne tient pas seulement ses Assemblées annuelles. Elle ouvre un test grandeur nature : celui de la capacité de l’Afrique à financer elle-même une part décisive de son développement.

Du 25 au 29 mai 2026, plus de 3 000 participants issus des 81 pays membres du Groupe de la BAD se retrouvent au Centre international de conférence de Kintélé, autour d’un thème lourd de sens : « Mobilising Africa’s Development Financing at Scale in a Fragmented World ». Derrière la formule, un diagnostic brutal : l’Afrique fait face à un besoin annuel de financement supérieur à 400 milliards de dollars, alors même qu’une partie considérable de son épargne institutionnelle reste dispersée, peu mobilisée et insuffisamment orientée vers les investissements productifs.

C’est là que Sidi Ould Tah veut marquer son entrée en scène. Élu en mai 2025, installé en septembre de la même année, le nouveau président de la BAD arrive à Brazzaville avec une ambition claire : faire passer l’institution d’une logique de guichet à une logique d’architecte financier continental. Son concept central, la Nouvelle Architecture Financière Africaine, vise à mieux organiser le capital africain, à renforcer les institutions financières du continent, à attirer davantage de capitaux privés et à utiliser l’argent public comme levier plutôt que comme simple ressource de substitution.

L’enjeu est considérable. Depuis des décennies, le continent répète qu’il manque de capitaux. La thèse portée aujourd’hui par la BAD est plus dérangeante : l’Afrique ne manque pas seulement d’argent, elle manque surtout de mécanismes capables de transformer son épargne, ses fonds de pension, ses fonds souverains, ses banques de développement et ses marchés de capitaux en moteurs d’investissement massif.

Le succès du FAD-17, qui a mobilisé un montant record de 11 milliards de dollars en décembre 2025, donne à Sidi Ould Tah un premier argument politique. Mais ce succès reste ambivalent : il confirme la confiance dans la BAD, tout en rappelant la dépendance persistante du continent à l’égard des bailleurs extérieurs. La contribution de pays africains, à hauteur de 182,7 millions de dollars, est encore modeste, mais elle porte un signal : l’Afrique commence à entrer dans la logique du cofinancement de son propre développement.

Le choix de Brazzaville ajoute une dimension symbolique. La République du Congo cherche elle-même à restaurer sa crédibilité financière, quelques jours après une émission obligataire internationale de 850 millions de dollars, assortie d’un coupon élevé de 9,5 %. Le succès de l’opération montre que les investisseurs regardent encore l’Afrique, mais à un prix qui rappelle la dure réalité du risque souverain.

C’est tout le paradoxe africain : le continent attire, mais il paie cher ; il dispose d’actifs, mais les mobilise mal ; il a des besoins immenses, mais des projets souvent insuffisamment structurés ; il parle de souveraineté financière, mais dépend encore largement d’arbitrages extérieurs.

La vraie question de Brazzaville n’est donc pas de savoir si la Nouvelle Architecture Financière Africaine est séduisante sur le papier. Elle l’est. La vraie question est de savoir si elle pourra résoudre trois problèmes très concrets : la préparation bancable des projets, la profondeur insuffisante des marchés financiers africains et la confiance des investisseurs dans la gouvernance publique.

Si Sidi Ould Tah réussit, la BAD pourrait devenir moins un bailleur parmi d’autres qu’un catalyseur de souveraineté financière africaine. S’il échoue, la NAFA risque de rejoindre la longue liste des grands cadres continentaux bien formulés, mais faiblement exécutés.

À Brazzaville, le débat n’est donc pas seulement financier. Il est politique. Il porte sur la capacité de l’Afrique à reprendre la main sur l’allocation de son capital. Et, au fond, sur cette question simple : le continent veut-il continuer à chercher l’argent ailleurs, ou apprendre enfin à organiser sa propre puissance financière ?

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