Le pouvoir militaire burkinabè poursuit son resserrement sur la vie publique. Le 15 avril, les autorités ont annoncé la dissolution de 118 associations et ONG opérant dans le pays, touchant des structures actives dans des domaines essentiels comme la santé, l’action sociale ou encore la défense des droits humains.
Parmi les organisations concernées figurent notamment des associations engagées auprès des jeunes, des personnes handicapées ou des populations vulnérables. Cette décision marque un tournant supplémentaire dans la relation déjà tendue entre la junte et la société civile.
Une loi au cœur des tensions
Ces dissolutions s’inscrivent dans l’application d’une loi adoptée en juillet 2025, qui impose de nouvelles règles strictes aux organisations. Désormais, celles-ci doivent se conformer à des exigences renforcées en matière de transparence, de contrôle administratif et d’alignement avec les orientations du régime dirigé par Ibrahim Traoré.
Les autorités justifient cette réforme par la nécessité de lutter contre des pratiques telles que le blanchiment d’argent ou le financement du terrorisme. Mais pour de nombreux observateurs, ces mesures servent aussi à encadrer, voire réduire, l’espace d’expression indépendant.
Une première série de sanctions avait déjà été prise peu après l’entrée en vigueur de la loi, avec la suspension ou le retrait d’autorisation de plusieurs ONG.
Un climat politique verrouillé
Cette nouvelle décision ne peut être comprise sans la replacer dans un contexte plus large. Depuis le coup d’État du 30 septembre 2022 qui a porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, les restrictions politiques se sont multipliées.
Les partis politiques, d’abord suspendus, ont été définitivement dissous en février. Le gouvernement, par la voix de responsables comme Émile Zerbo, justifie ces mesures par la volonté de préserver l’unité nationale et d’éviter les divisions internes.
Le régime assume désormais une orientation politique qui s’éloigne des standards démocratiques classiques, revendiquant une ligne « souverainiste » et « anti-impérialiste ».
Des critiques internationales croissantes
Cette évolution suscite de vives inquiétudes. L’ONG Human Rights Watch a récemment alerté sur une détérioration marquée de la situation des droits humains au Burkina Faso. Dans un rapport publié début avril, l’organisation évoque des exactions graves et accuse les forces liées aux autorités d’être impliquées dans des violences ayant causé la mort de nombreux civils.
Selon HRW, certaines de ces actions pourraient relever de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.
Une société civile fragilisée
Avec la disparition progressive des partis politiques et l’affaiblissement du tissu associatif, les espaces d’expression et de contestation se réduisent fortement au Burkina Faso. Les ONG, souvent en première ligne pour l’aide humanitaire et la défense des droits, se retrouvent particulièrement exposées.
Cette dynamique interroge sur l’avenir de la participation citoyenne dans le pays, alors que le régime poursuit sa stratégie de contrôle et de recentrage du pouvoir.
Thom Biakpa




